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Devant la justice britannique, des négociants de Glencore contestent les accusations de corruption au Cameroun

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Devant la Southwark Crown Court, où se tenait ce lundi une audience de mise en état préalable au procès, quatre anciens négociants pétroliers liés aux opérations africaines de Glencore ont réaffirmé leur innocence face aux accusations de corruption. Cette procédure, ouverte au Royaume-Uni depuis 2022, fait suite aux aveux du géant anglo-suisse, qui avait reconnu avoir versé des pots-de-vin pour sécuriser des contrats dans plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest, dont le Cameroun.

Cette audience technique, étape préalable obligatoire avant un procès pénal majeur, a permis d'enregistrer les plaidoyers des prévenus. Martin Wakefield, David Perez, Paul Hopkirk et Ramon Labiaga ont tous plaidé " not guilty ", selon les minutes du tribunal. Wakefield rejette trois chefs d'accusation portant sur des paiements illicites présumés au Nigeria, au Cameroun et en Côte d'Ivoire entre 2007 et 2014. Perez conteste deux accusations similaires liées au Cameroun et à la Côte d'Ivoire. Hopkirk et Labiaga, pour leur part, sont poursuivis pour des faits relatifs au Nigeria. Wakefield et Perez nient en outre avoir participé à un complot visant à falsifier des factures justifiant des “frais de service” entre 2007 et 2011.

Le procès, très attendu, s'ouvrira en octobre 2027 pour une durée estimée à six mois. Deux anciens dirigeants du trading pétrolier de Glencore, Alex Beard et Andrew Gibson, déjà inculpés en 2024, n'ont pas comparu lundi mais avaient eux aussi annoncé qu'ils plaideraient non coupable.

Au Cameroun, Glencore aurait acheté du brut camerounais à environ 30 % en dessous des prix du marché

Alors que Londres poursuit les étapes procédurales, Yaoundé reste dans l'expectative. Le Cameroun, directement cité dans les aveux déposés par Glencore devant la justice britannique en mai 2022, n'a toujours pas révélé l'identité des responsables publics soupçonnés d'avoir perçu près de 7 milliards FCFA de pots-de-vin pour faciliter l'accès du groupe anglo-suisse aux contrats pétroliers.

Depuis novembre 2023, date à laquelle le président Paul Biya a autorisé la Société nationale des hydrocarbures (SNH) à saisir le Tribunal criminel spécial (TCS), aucune avancée notable n'a été signalée. " On a l'impression que la justice camerounaise attend l'ouverture du procès en Angleterre pour se décider ", déplorait en octobre sur RFI Henri Njoh Manga Bell, avocat et président de Transparency International Cameroon, qui juge " incompréhensible " l'absence d'enquête locale plus de deux ans après les aveux de Glencore.

Saisie en juin 2024 par l'avocat Akere Muna, la Commission nationale anticorruption (Conac) avait reconnu l'ouverture d'une enquête " délicate et complexe ". Mais depuis cette annonce, aucune information n'a filtré. Son président, Dieudonné Massi Gams, avait précisé à l'époque que les conclusions ne pourraient être rendues publiques avant la fin des vérifications.

Le constat reste inchangé : aucun cadre de la SNH ou de la Sonara – cités dans les procédures britanniques comme bénéficiaires présumés des pots-de-vin – n'a été auditionné publiquement. Pour Alain Nkoyock, spécialiste de la gouvernance, cette inertie empêche même d'évaluer les pertes réelles. " Tant qu'aucune enquête n'aura débuté à Yaoundé, tous les chiffres resteront approximatifs ", expliquait-il à RFI.

Selon les éléments transmis à la justice britannique, Glencore aurait acheté du brut camerounais à environ 30 % en dessous des prix du marché, grâce à des arrangements occultes avec des intermédiaires locaux.

Une enquête qui piétine à Yaoundé

Après avoir nié toute possibilité de corruption en mai 2022, la SNH a infléchi sa position, sollicitant une autorisation présidentielle pour enquêter sur ses propres cadres. Depuis août 2024, son administrateur-directeur général, Adolphe Moudiki, affirme attendre du procès londonien qu'il permette d'identifier les responsables impliqués.

" Les dirigeants et employés de Glencore mis en cause ont été identifiés et comparaîtront à Londres ", assurait-il dans un communiqué daté d'août 2024, évoquant " une avancée significative ".

Cette posture suscite cependant l'irritation d'Akere Muna, à l'origine de la révélation du scandale. " Lorsque j'ai exposé l'affaire, la SNH affirmait qu'il ne pouvait y avoir de corruption. Aujourd'hui, elle attend des tribunaux anglais qu'ils livrent les noms des complices camerounais ", dénonçait-il sur son compte Twitter après la publication du communiqué.

Cette affaire illustre la dissonance entre la transparence judiciaire internationale et l'opacité nationale. Tandis que le procès de Londres s'annonce comme un moment clé pour établir les responsabilités de Glencore en Afrique, le Cameroun peine à démontrer la volonté politique d'en tirer les conséquences internes. Un silence embarrassant qui fragilise encore la crédibilité du pays en matière de gouvernance et de lutte contre la corruption.

Perton Biyiha

Publié le 10/11/25 16:21

La Rédaction

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