Dolores Tung Eyang, DG Archer Asset Management :
La gestion d'actifs doit devenir l'un des moteurs du financement de l'économie en Afrique centrale
Dans une sous-région où l'épargne dort encore trop souvent sur des comptes peu rémunérés, et où le financement de l'économie repose presque exclusivement sur les banques, Maria Dolores Tung Eyang porte une conviction qui tranche : celle d'une gestion d'actifs professionnalisée, capable de devenir un véritable moteur de développement pour la CEMAC.
Nommée Directrice générale de L'Archer Asset Management après avoir dirigé les activités du groupe en Guinée équatoriale, elle arrive à la tête de la société avec un parcours qui traverse trois mondes a priori distincts : l'administration fiscale, la banque et désormais la gestion d'actifs. Un triptyque qui, selon elle, forme précisément l'équilibre nécessaire à ce métier — rigueur, maîtrise du risque et compréhension fine des besoins des investisseurs.
Son ambition ne se limite pas à faire croître des encours. Elle veut faire de L'Archer Asset Management un acteur de référence de la gestion d'actifs en Afrique centrale, et plus largement, contribuer à un changement de regard sur la manière dont les entreprises et les particuliers de la sous-région gèrent leur capital.
Vous venez d'être nommée Directrice générale de L'Archer Asset Management. Dans quel état d'esprit abordez-vous cette nouvelle responsabilité ?
Cette nomination s'inscrit dans la continuité de mon parcours au sein de L'Archer, mais elle intervient surtout à un moment particulièrement important pour notre industrie. Le marché financier régional se structure, les besoins de financement augmentent et les investisseurs recherchent des solutions à la fois plus performantes, plus diversifiées et mieux encadrées.
Après avoir dirigé les activités de L'Archer en Guinée équatoriale, je prends aujourd'hui la direction de L'Archer Asset Management avec une conviction forte : la gestion d'actifs doit occuper une place beaucoup plus importante dans le financement de nos économies.
Mon parcours m'a permis d'évoluer dans trois environnements complémentaires : l'administration fiscale, qui m'a donné une culture forte de la rigueur et du contrôle ; le secteur bancaire, notamment chez Ecobank Guinée équatoriale, où j'ai travaillé sur les problématiques de bilan, de liquidité et de rentabilité ; et désormais la gestion d'actifs, qui exige précisément de concilier maîtrise du risque, performance et compréhension fine des besoins des investisseurs.
Mon ambition est claire : faire de L'Archer Asset Management une maison de gestion de référence en Afrique centrale, capable d'accompagner aussi bien les investisseurs institutionnels que les entreprises et, progressivement, une clientèle plus large, avec les mêmes exigences de rigueur, de transparence et de performance.
Vous dirigez désormais une société de gestion d'actifs dans une région où cette industrie reste encore jeune. Quelle lecture faites-vous du potentiel du marché de la CEMAC ?
Le potentiel est considérable. La sous-région dispose de volumes importants de liquidités et d'épargne qui restent encore insuffisamment orientés vers les instruments du marché financier. Dans le même temps, les États, les entreprises et les grands projets structurants ont des besoins croissants de capitaux.
Pendant longtemps, l'essentiel du financement de nos économies a naturellement reposé sur les banques. Elles continueront d'y jouer un rôle central. Mais le développement économique de la CEMAC nécessite également de renforcer les autres canaux de financement : marché obligataire, investisseurs institutionnels, OPCVM, gestion collective et mobilisation de l'épargne longue.
C'est précisément là que la gestion d'actifs prend tout son sens : organiser l'épargne, l'investir de manière professionnelle et la mettre au service des besoins de financement de l'économie réelle. Nous sommes dans une phase de structuration du marché. Cela constitue une opportunité majeure pour les acteurs capables d'apporter de la profondeur, de la confiance et de nouveaux produits d'investissement.
Beaucoup d'entreprises continuent de laisser une part importante de leur trésorerie sur des comptes peu rémunérés. Pourquoi cette situation perdure-t-elle ?
Parce que la gestion de trésorerie reste encore, dans de nombreuses entreprises, essentiellement pensée sous l'angle de la disponibilité et de la sécurité. Ces deux critères sont évidemment fondamentaux. Mais ils ne sont pas incompatibles avec la recherche de rendement. L'enjeu consiste d'abord à comprendre précisément les besoins de liquidité de l'entreprise : quelle somme doit rester immédiatement disponible ? Quelle partie peut être placée pendant quelques semaines ou quelques mois ? Quelles ressources sont durablement excédentaires ?
À partir de cette analyse, il devient possible d'affecter chaque poche de trésorerie à un support adapté : compte rémunéré, dépôt à terme, OPCVM monétaire ou obligataire, titres publics ou autres solutions de placement compatibles avec le profil de risque et l'horizon de l'entreprise. Une trésorerie insuffisamment optimisée représente un coût d'opportunité. Notre rôle n'est donc pas d'encourager les entreprises à prendre davantage de risques, mais au contraire de les aider à mieux organiser leurs ressources.
Comment L'Archer Asset Management entend-elle accompagner cette évolution des pratiques financières au sein des entreprises de la sous-région ?
Notre approche part du besoin du client, pas du produit. Nous commençons par analyser les flux, les échéances, le niveau de liquidité nécessaire, les contraintes réglementaires éventuelles et le profil de risque. Une compagnie pétrolière, une entreprise industrielle, une banque, un assureur ou une caisse de retraite n'ont évidemment pas les mêmes contraintes.
C'est seulement ensuite que nous construisons la solution. Elle peut prendre la forme d'un OPCVM lorsque la gestion collective répond efficacement au besoin, ou d'un mandat dédié lorsque la taille, les contraintes réglementaires ou les objectifs de l'investisseur nécessitent une gestion plus spécifique. Mais notre valeur ajoutée ne se limite pas à l'allocation d'actifs. Nous accordons une importance particulière à la qualité du reporting, à la compréhension du risque, au suivi de la liquidité et à l'explication de nos choix d'investissement. La performance crée de la valeur ; la transparence crée la confiance. Et nous avons besoin des deux.
Quels seront les principaux axes de développement de L'Archer Asset Management sous votre direction ?
Je souhaite structurer notre développement autour de trois priorités. La première est la confiance. Dans notre métier, elle repose sur une gouvernance solide, une valorisation rigoureuse des actifs, des contrôles efficaces, un reporting de qualité et le respect strict du cadre réglementaire fixé par la COSUMAF.
La deuxième est le changement d'échelle. Nous devons approfondir notre relation avec les investisseurs institutionnels, les grandes entreprises et les détenteurs de trésorerie importante, tout en développant progressivement des solutions accessibles à d'autres catégories d'investisseurs.
Enfin, la troisième priorité est l'innovation. Notre marché doit disposer d'une gamme plus large de solutions : produits monétaires, obligataires, mandats dédiés et solutions d'investissement adaptées aux différents horizons de liquidité et profils de risque. Notre objectif n'est pas de multiplier les produits pour multiplier les produits. Chaque solution doit répondre à un besoin identifiable et présenter un couple rendement-risque parfaitement maîtrisé.
La gestion d'actifs est parfois perçue comme une activité réservée aux grands groupes ou aux investisseurs les plus fortunés. Est-ce encore une réalité ?
C'est une perception qui doit évoluer. Historiquement, les investisseurs institutionnels et les grandes entreprises ont naturellement constitué le cœur du marché parce qu'ils disposent de volumes importants et d'équipes financières structurées. Mais le principe de la gestion d'actifs est précisément de permettre à différents investisseurs d'accéder à une gestion professionnelle de leur épargne.
Un particulier, un entrepreneur ou une PME n'a évidemment pas les mêmes objectifs qu'une compagnie d'assurance ou qu'une grande entreprise. Il faut donc proposer des niveaux d'accès, des horizons et des profils de risque différents. Les OPCVM sont notamment un formidable outil de démocratisation parce qu'ils permettent de mutualiser les investissements et de donner accès à une gestion professionnelle avec des montants beaucoup plus accessibles. Notre ambition est donc de développer le marché sans banaliser le métier : rendre la gestion d'actifs plus accessible tout en conservant une exigence élevée dans la sélection, le contrôle et la gestion du risque.
Quel rôle les sociétés de gestion d'actifs peuvent-elles jouer dans le financement des économies de la CEMAC ?
Un rôle majeur. Les sociétés de gestion organisent la rencontre entre les ressources disponibles des investisseurs et les besoins de financement des économies. En investissant dans les titres publics, dans les émissions obligataires d'entreprises et demain dans une gamme plus large d'instruments financiers, elles contribuent directement à la mobilisation de capitaux au sein de la sous-région.
Elles participent également à la profondeur du marché en créant une demande professionnelle et récurrente pour les instruments financiers. Le développement de la gestion d'actifs permet ainsi de compléter le financement bancaire et de diversifier les sources de capitaux disponibles pour les États comme pour les entreprises. Mais il existe également un enjeu plus large : celui de notre souveraineté financière.
Plus nous serons capables de mobiliser l'épargne de la CEMAC pour financer les besoins de la CEMAC, plus nous renforcerons la capacité de notre sous-région à financer elle-même son développement.
Le cadre réglementaire du marché financier régional a connu plusieurs évolutions ces dernières années. Que changent-elles concrètement pour les investisseurs ?
Elles contribuent avant tout à renforcer la confiance. Le développement d'un marché financier ne peut pas reposer uniquement sur la recherche de rendement. Il repose sur des règles claires, des acteurs correctement encadrés, une valorisation fiable des actifs, des mécanismes de contrôle efficaces et une information transparente des investisseurs.
Le renforcement progressif du cadre réglementaire de la COSUMAF participe donc directement à la professionnalisation du secteur. Pour nous, ce n'est pas une contrainte. C'est au contraire une condition indispensable au développement durable de notre industrie. Un investisseur doit pouvoir comprendre où son argent est investi, quels risques il supporte, quelle performance est réalisée et selon quelles règles ses actifs sont gérés. Plus le marché sera exigeant, plus il sera crédible. Et plus il sera crédible, plus il sera capable d'attirer des capitaux.
Au-delà de la performance financière, quelle vision souhaitez-vous porter pour L'Archer Asset Management dans les prochaines années ?
Je souhaite que L'Archer Asset Management soit identifiée comme une maison de confiance et de performance. Nous devons évidemment délivrer de la performance à nos investisseurs. C'est notre responsabilité première. Mais cette performance doit toujours être appréciée au regard du risque pris, de la liquidité des investissements et des objectifs du client. Notre ambition va néanmoins au-delà de la seule croissance des encours.
Nous voulons participer à la transformation du marché financier régional : faire évoluer les pratiques d'investissement, accompagner les investisseurs dans leurs allocations, contribuer à la mobilisation de l'épargne locale et participer au financement des entreprises et des États de la sous-région. L'Archer a toujours eu une ambition régionale forte. L'Archer Asset Management doit pleinement contribuer à cette ambition en devenant l'un des acteurs de référence de la gestion d'actifs en Afrique centrale.
Quel message souhaitez-vous adresser aux dirigeants d'entreprises, aux investisseurs et plus largement à tous ceux qui s'interrogent encore sur les opportunités offertes par le marché financier régional ?
Je leur dirais que notre manière de gérer le capital doit évoluer avec la transformation de nos économies. Une trésorerie ne doit plus être considérée uniquement comme une réserve de sécurité. Correctement organisée, elle peut également constituer un outil de performance, tout en conservant les niveaux de liquidité et de risque nécessaires à l'activité.
De la même manière, l'épargne régionale ne doit pas rester en marge du financement de notre propre développement. Nous devons progressivement construire un cercle vertueux : davantage d'épargne confiée à des professionnels, davantage de capitaux mobilisés sur nos marchés, davantage de solutions de financement pour nos entreprises et nos États, et un marché financier régional plus profond et plus solide.
C'est la vision que nous portons chez L'Archer Asset Management. Nous voulons accompagner les investisseurs avec proximité, leur apporter une véritable expertise et construire avec eux des solutions adaptées à leurs objectifs. Parce qu'au fond, la gestion d'actifs ne consiste pas simplement à rechercher du rendement. Elle consiste à donner une destination utile et performante au capital.
Publié le 14/08/26 12:07
La Rédaction
SN
CEMAC