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Face aux difficultés d'Eramet, et si c'était le Gabon qui en payait le prix fort ?

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Quand le principal partenaire minier d'un pays vacille en Bourse, la question se pose naturellement : qui en paie le prix ? En une seule séance à la Bourse de Paris le 19 février 2026, le titre Eramet a chuté de plus de 23 % après l'annonce d'une perte nette de 477 millions d'euros en 2025 et d'un projet de recapitalisation de 500 millions d'euros prévu cette année. Pour les investisseurs, plus d'actions signifie une dilution de la valeur. Pour le Gabon, cependant, le problème est autrement plus délicat. À travers sa filiale COMILOG, Eramet exploite depuis 1960 la mine de manganèse de Moanda, la plus grande au monde et un pilier de l'économie gabonaise.

Derrière les signaux rassurants fournis à l'occasion de la présentation de ses résultats, réaffirmant notamment l'importance du Gabon dans sa stratégie, Eramet semble jouer à un jeu d'échecs, redessinant une équation délicate pour Libreville. Le gouvernement gabonais a fait de la transformation locale du minerai une priorité nationale en annonçant que, dès le 1ᵉʳ janvier 2029, l'exportation de manganèse brut serait interdit. Cette mesure vise à capturer plus de valeur ajoutée sur place, créer des emplois et réduire la dépendance aux exportations de matières premières non transformées.

Au Mining Indaba de Cape Town, le ministre gabonais des Mines, Sosthène Nguema Nguema, a d'ailleurs tenu à souligner que ce calendrier n'était pas négociable, même face aux contraintes industrielles comme les coupures d'électricité ou les défis technologiques. Il a insisté pour que les opérateurs miniers présentent des plans d'action clairs et des calendriers mesurables vers la conformité au calendrier de 2029. Les alternatives technologiques réduisant la consommation d'énergie ont été avancées comme argument pour dissiper les inquiétudes du secteur.

Le paradoxe pour Libreville est donc évident. Sur le papier, les engagements d'Eramet s'inscrivent dans la ligne stratégique du Gabon : transformation locale du manganèse via un complexe métallurgique à Moanda, modernisation du réseau ferroviaire de la Setrag, et engagements en matière de responsabilité sociale. Mais dans la réalité d'un groupe contraint de rationaliser ses investissements face à une dette nette importante et une pression externe qui s'intensifie, ces ambitions peuvent vite être mises à mal.

Dans ce contexte, le calendrier serré imposé par l'État gabonais constitue autant une opportunité qu'une contrainte pour Eramet et pour le pays. La souveraineté économique sur ses ressources ne dépend pas uniquement de décisions politiques audacieuses, mais aussi de la capacité de leurs partenaires industriels à les exécuter dans un environnement financier durable. Dans une période où chaque dépense est scrutée par des actionnaires fragilisés, les ambitions industrielles du Gabon pourraient se heurter à la réalité du marché. La transition industrielle tant souhaitée est peut‑être en marche, mais sa vitesse reste pour l'heure incertaine.

Idrissa Diakité

Publié le 24/02/26 18:37

La Rédaction

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