Publié ce 27 février 2026, le suivi des consultations au titre de l'Article IV du Fonds monétaire international (FMI) met en lumière une réalité rarement commentée mais essentielle pour la lecture du risque pays. Plusieurs États membres accusent un retard supérieur à 18 mois dans leur cycle de surveillance macroéconomique, seuil à partir duquel l'institution considère la situation comme un retard excessif.
Contrairement à une idée répandue, il ne s'agit pas d'un défaut financier ni d'un manquement formel. Mais pour les économistes et les investisseurs, l'absence d'évaluation récente équivaut à naviguer avec une information incomplète. Le diagnostic macroéconomique indépendant du FMI constitue en effet une référence centrale pour les bailleurs, les agences de notation et les marchés internationaux.
Fait notable, aucune évaluation obligatoire de stabilité financière n'est en retard. L'alerte concerne uniquement la surveillance économique générale, ce qui renvoie davantage à des contraintes politiques, sécuritaires ou programmatiques qu'à une crise financière systémique.
4 pays africains sous surveillance différenciée
Au 31 décembre 2025, 4 pays africains figurent sur la liste : l'Érythrée, la Tunisie, le Soudan et le Sénégal. Derrière cette apparente homogénéité se cachent des réalités économiques très différentes.
Le Soudan, avec un retard de 39 mois, présente le cas le plus difficile. La situation politique et sécuritaire empêche la tenue normale des missions du FMI et complique la collecte de données économiques fiables. Dans ce contexte, l'incertitude macroéconomique devient structurelle, rendant difficile le calibrage de l'aide internationale et accentuant les risques de dérives inflationnistes ou budgétaires.
L'Érythrée, dont le retard atteint 50 mois, relève d'une catégorie plus opaque qualifiée de ‘'miscellaneous''. Cette classification recouvre généralement des contraintes administratives ou un faible engagement dans les mécanismes de surveillance internationale. Pour les marchés, cela se traduit souvent par une visibilité statistique limitée et une perception de risque accrue.
La Tunisie présente une situation différente. Le report intervient à la demande des autorités nationales. Ce type de retard est moins alarmant mais peut refléter des arbitrages politiques autour du calendrier des réformes économiques, notamment lorsque celles-ci sont socialement sensibles.
Enfin, le Sénégal, avec un retard de 24 mois lié à des questions programmatiques, se situe dans une logique de négociation active avec le FMI. Ici, le report traduit davantage l'intensité des discussions sur les orientations budgétaires et la soutenabilité de la dette qu'une rupture du dialogue. Pour les investisseurs, ce type de situation signale surtout une phase de recalibrage des politiques économiques.
Un signal contrasté pour le continent
Entre juillet 2025 et la nouvelle publication, une évolution mérite attention. Le Libéria a quitté la liste après la conclusion de sa consultation en octobre 2025, signe d'un retour à un cycle normal de surveillance économique.
Ce réengagement constitue un signal positif pour les bailleurs internationaux, car il restaure la lisibilité macroéconomique du pays et renforce sa crédibilité financière.
Comprendre les retards pour mieux évaluer le risque pays
Le document du FMI permet d'établir une véritable grille d'analyse des risques macroéconomiques.
Les retards liés à la sécurité traduisent des contraintes fortes affectant l'exécution des politiques publiques. Ceux associés aux programmes reflètent des négociations économiques complexes. Les reports à la demande des autorités renvoient davantage à des choix de calendrier politique. Enfin, la catégorie résiduelle signale souvent des problèmes de capacité institutionnelle ou de transparence statistique.
Autrement dit, tous les retards ne se valent pas. Certains révèlent une fragilité d'État, d'autres une phase normale d'ajustement économique.
Transparence économique et crédibilité financière en jeu
Au-delà de leur dimension technique, ces retards ont des implications concrètes. Sans consultation récente, les investisseurs disposent de moins d'informations indépendantes pour évaluer les trajectoires budgétaires ou monétaires. Cela peut accroître les primes de risque et compliquer l'accès aux financements extérieurs.
Dans un contexte africain marqué par des besoins de financement élevés et des conditions internationales plus exigeantes, la régularité du dialogue avec le FMI devient un facteur clé de crédibilité économique.
Comme le résume implicitement ce rapport, le défi pour les pays concernés n'est pas seulement de maintenir la croissance, mais de préserver la confiance. Car dans l'économie mondiale actuelle, la transparence macroéconomique constitue désormais un actif stratégique aussi important que les fondamentaux économiques eux-mêmes.
Publié le 27/02/26 12:47
Dr Ange Ponou
SN
CEMAC