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Gabon : 189,5 milliards de réserves obligatoires, Libreville conserve un coussin de prudence budgétaire

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Malgré une révision à la baisse de 22% des recettes budgétaires totales, qui passent de 4 171,9 milliards FCFA en LFI 2026 à 3 243,5 milliards FCFA dans la LFR, le gouvernement gabonais maintient une réserve obligatoire de 189,5 milliards FCFA pour l'exercice. Cette réserve vise à absorber une éventuelle dégradation des hypothèses macroéconomiques ayant servi de base aux prévisions de recettes. Elle est calculée par titre et programme de dépenses, avec des taux différenciés selon la nature des crédits concernés.

La répartition de cette enveloppe traduit une hiérarchisation des priorités budgétaires. Les dépenses d'investissement supportent le volume le plus élevé à 119,3 milliards FCFA de crédits mis en réserve, suivies des dépenses de biens et services à 58,6 milliards FCFA. Les charges financières de la dette chiffrées à plus de 487 milliards FCFA dans le collectif budgétaire 2026 et les dépenses de personnel restent, elles, totalement exemptées de ce mécanisme, un choix qui sanctuarise le service de la dette et la masse salariale de l'État face aux aléas conjoncturels.

Le texte prévoit surtout une liste étendue d'exemptions destinées à préserver les filets de sécurité sociale et les dépenses jugées incompressibles. Sont ainsi exclus de la mise en réserve les remboursements de TVA, la subvention aux prix des produits pétroliers, les projets financés sur ressources extérieures et leurs contreparties, les bourses, les médicaments et produits pharmaceutiques, ainsi que l'ensemble des dépenses sociales ciblées : aides aux Gabonais économiquement faibles, prestations en faveur des personnes âgées, handicapées, malades, chômeurs ou jeunes, et dépenses publiques de santé, d'éducation et de formation professionnelle.

Ce mécanisme n'est pas figé pour autant. L'article 86 précise que la réserve constituée par titre et programme ne peut être levée, en tout ou partie, qu'en cas de conjoncture budgétaire favorable constatée par le gouvernement, sur rapport du ministre chargé de l'Économie et des Finances. Le texte prévoit également, à l'article 88, une clé de répartition pour tout surplus budgétaire éventuel : la moitié serait consacrée à l'accélération du désendettement de l'État, un quart au renforcement des moyens des programmes d'investissement, et le dernier quart alimenterait un fonds de stabilisation.

Dans un contexte marqué par une notation souveraine dégradée (Moody's Caa2 négative, Fitch CCC-) et des négociations en cours avec le FMI, ce dispositif de réserve obligatoire s'inscrit dans une logique de discipline budgétaire destinée à rassurer les partenaires financiers du Gabon. En combinant prudence sur les dépenses discrétionnaires et sanctuarisation des dépenses sociales et du service de la dette, l'État affiche sa volonté de concilier rigueur macroéconomique et protection des populations les plus vulnérables, un équilibre scruté de près par les créanciers et les bailleurs de fonds à l'heure où le pays doit encore boucler l'audit de sa dette prévu à mi-juillet.

Idrissa Diakité

Publié le 20/07/26 15:36

La Rédaction

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