Le Gabon, leader africain en matière de gestion forestière et de séquestration du carbone, se lance dans un défi ambitieux pour poursuivre sa transition verte et résiliente. Selon la Troisième Contribution Déterminée au niveau National (CDN3.0), la mise en œuvre de la stratégie climatique du pays nécessitera un investissement total de 4 095,4 milliards FCFA d'ici 2035 soit près de 7,4 milliards de dollars. Sur cette somme, près de 3 951,3 milliards FCFA soit un peu moins de 7,1 milliards de dollars sont nécessaires pour financer les mesures d'atténuation et d'adaptation, avec une priorité donnée au secteur de l'énergie, des forêts, et de l'agriculture. Toutefois, seulement 92,1 milliards FCFA ont été mobilisés à ce jour, mettant en lumière un besoin de financement supplémentaire de 3 850 milliards FCFA soit un peu moins de 7 milliards de dollars.
Le secteur de l'énergie, qui représente 80 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) du Gabon, est au cœur de cette mobilisation financière. Le pays prévoit une réduction de 40 % des émissions de CO₂ d'ici 2030 dans ce secteur, principalement par le déploiement des énergies renouvelables. Le coût total des investissements nécessaires pour atteindre cet objectif est estimé à 3 115 milliards FCFA, dont 83 % seront alloués à l'atténuation des émissions. Cependant, la baisse des prix des matières premières et l'incertitude sur le financement international posent des risques sur la réalisation de ces projets à grande échelle.
Le secteur des forêts, avec une couverture de 88 % du territoire et un rôle crucial dans la séquestration du carbone, joue un rôle stratégique dans l'atteinte des objectifs climatiques. Le Gabon prévoit d'affecter 342 milliards FCFA pour préserver et gérer durablement ses forêts. Ces investissements sont essentiels pour maintenir son statut de puits de carbone, qui a permis au pays d'absorber 72,4 MtCO₂eq en 2023. Le défi réside dans la valorisation de ces crédits carbone, avec des projets REDD+ déjà certifiés à hauteur de 187 millions de crédits. Le pays mise également sur la mobilisation des marchés volontaires pour générer des financements additionnels.
L'agriculture, un secteur clé malgré sa faible contribution au PIB (seulement 6 %), reçoit également une attention particulière. Le Gabon investira 242 milliards FCFA dans des projets de pratiques climato-intelligentes et d'agroforesterie, afin de renforcer la résilience du secteur face aux sécheresses et aux inondations. Ces investissements visent à réduire la dépendance du pays à l'agriculture pluviale et à améliorer la sécurité alimentaire, un enjeu majeur pour un pays où près de 30 % de la population active travaille dans l'agriculture.
Face à cet important besoin de financement, le Gabon mise sur une stratégie innovante pour attirer les investisseurs. La Plateforme Gabonaise pour le Financement Climatique (PGFC) servira de guichet unique pour structurer les projets et mobiliser les fonds nécessaires. Le pays prévoit d'exploiter ses actifs carbone et d'intégrer des mécanismes de financement international, tels que les Fonds pour le Climat et le Fonds Vert pour le Climat (FVC). Cette approche ambitieuse repose sur la participation active du secteur privé, des ONG, et des partenaires internationaux, ainsi que sur la valorisation des écotaxes et des marchés carbone domestiques pour garantir la viabilité à long terme des projets climatiques du Gabon.
Idrissa Diakité
Publié le 23/02/26 13:25
La Rédaction
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