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Gabon : 4 milliards USD à mobiliser d'ici 2030 pour sortir l'électricité du diesel

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Le Pacte National de l'Énergie fixe l'objectif d'éliminer progressivement le fioul lourd et de bâtir un mix "gris-bleu" combinant gaz naturel et hydroélectricité, sur un total de 4,169 milliards USD d'investissements publics et privés d'ici 2030. L'urgence de cette bascule tient à un écart de coûts considérable : le prix de revient moyen de l'électricité s'établit à 79,8 FCFA/kWh en 2024, mais grimpe jusqu'à 250 FCFA/kWh dans certaines centrales thermiques fonctionnant au gazole, un différentiel qui pèse directement sur l'équilibre financier de la SEEG et sur les finances publiques via les compensations tarifaires.

La sortie du diesel repose d'abord sur une solution transitoire au gaz. La centrale flottante Karpowership, d'une capacité de 150 MW, doit sécuriser l'équilibre offre-demande à Libreville pendant environ trois ans, le temps de mettre en service les nouvelles capacités structurantes. À partir de 2029, deux centrales à gaz à Owendo (220 MW et 120 MW) ajouteront environ 320 MW, valorisant les ressources gazières domestiques. Le relais hydroélectrique suit un calendrier resserré, avec Kinguélé Aval (35 MW, environ 80% d'avancement), Ngoulmendjim (83 MW), Dibwangui (15 MW) et, à plus long terme, le barrage de Booué (environ 400 MW), pour lequel un protocole d'accord a été signé avec Électricité de France en vue des études de faisabilité.

Cette trajectoire n'est pas sans tension. Owendo a besoin de 74 millions de pieds cubes de gaz par jour, mais le réseau actuel n'en achemine que 35, soit moins de la moitié. Et la demande va encore grimper, jusqu'à 92 millions de pieds cubes par jour d'ici 2027-2028, puis 180 millions à l'horizon 2035. Un nouveau gazoduc au sud de Libreville doit doubler la capacité de transport pour atteindre 70 millions de pieds cubes par jour. Sans cet ouvrage, les centrales resteront bridées par le manque de gaz, même si leur capacité installée suffit sur le papier.

Sur le plan du mix énergétique, la part des renouvelables dans la puissance installée doit passer de 47% à environ 51% en 2030, une progression plus modeste qu'il n'y paraît puisqu'elle reflète surtout le phasage des investissements : les capacités gazières montent en puissance sur la période du Pacte, tandis que le gros des nouveaux barrages hydroélectriques n'entrera en service qu'après 2030. Le solaire, freiné par un climat peu favorable au facteur de charge et par une expérience encore limitée de gestion de l'intermittence, reste pour l'instant hors des priorités opérationnelles du Compact.

Dans un contexte où le réseau de distribution accuse déjà 29% de pertes techniques et commerciales, la viabilité de cette bascule énergétique dépendra selon des sources proches de ce dossier, de la capacité de l'État à tenir les échéances techniques et financières annoncées. Le gouvernement s'engage à investir 250 millions USD dans la réhabilitation des réseaux HT/BT et le déploiement de compteurs intelligents, une condition jugée indispensable pour que la sortie du diesel se traduise en gains tangibles pour les usagers plutôt qu'en simple redistribution des coûts.

Idrissa Diakité

Publié le 03/07/26 12:18

La Rédaction

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