Dix milliards FCFA pour préparer le terrain à près de 800 milliards. À Libreville, la Façade Maritime du Champ Triomphal (FMCT), aménageur de la Baie des Rois, revient sur le marché financier avec une nouvelle émission d'obligations vertes destinée à poursuivre l'équipement de cette zone d'environ 40 hectares. L'opération est structurée en deux tranches de 5 milliards FCFA : la première sur trois ans, rémunérée à 6,75 % brut par an, et la seconde sur cinq ans, à 7,50 %. Si ce montant peut paraître relativement modeste au regard de la taille du projet, il dessine surtout une stratégie visant à utiliser l'épargne disponible en Afrique centrale pour achever les infrastructures capables d'attirer ensuite des volumes beaucoup plus importants de capitaux privés.
En effet, les 10 milliards FCFA doivent notamment financer la poursuite des voiries et réseaux, l'alimentation en eau et en électricité, l'assainissement, l'éclairage, les aménagements paysagers et environnementaux ainsi que des équipements de " smart city ". Un parking payant en silo figure également parmi les infrastructures prévues, un projet pour lequel la FMCT a déjà lancé un appel d'offres en 2026. L'enjeu visé est d'augmenter progressivement le niveau de viabilisation de la Baie des Rois pour que les investisseurs puissent développer immeubles de bureaux, logements, commerces, hôtels et autres programmes immobiliers sans avoir à supporter eux-mêmes la construction des grandes infrastructures communes.
C'est là que le rapport entre les 10 milliards levés et les 800 milliards FCFA d'investissements privés attendus prend tout son sens. La FMCT a elle-même communiqué cette dernière estimation, parallèlement à environ 80 milliards FCFA d'investissements prévus par l'aménageur pour les infrastructures et le développement du site. Les 10 milliards recherchés aujourd'hui ne représentent ainsi que 1,25 % des capitaux privés espérés à terme, mais 12,5 % de l'enveloppe d'aménagement annoncée par la FMCT. Le modèle consiste donc surtout à créer les conditions permettant aux investisseurs privés de construire les bâtiments dans des conditions optimales.
Le pari commence déjà à se matérialiser sur le front de mer de Libreville. Plusieurs programmes immobiliers ont été engagés sur le site, avec notamment des immeubles destinés à Eramet, Comilog et Orabank, tandis que d'autres projets doivent progressivement densifier la zone. La création en 2024 de la Zone d'Investissement Spéciale de la Baie des Rois, consacrée par décret, a également renforcé le dispositif destiné à attirer les capitaux dans les activités résidentielles, commerciales, touristiques et de services. La Présidence gabonaise indiquait en mars 2025 que les chantiers alors visités sur la façade maritime étaient financés à plus de 80 % par des investissements extérieurs, signe que le projet cherche déjà à déplacer une partie de son financement vers le secteur privé.
Pour convaincre les investisseurs obligataires, la FMCT dispose d'un précédent : en 2021, l'entreprise avait mobilisé 20 milliards FCFA à travers deux lignes obligataires de 10 milliards, rémunérées à 7,5 % et arrivées à échéance en 2026. La FMCT affirme que cette première opération a été intégralement remboursée. Cinq ans plus tard, l'enjeu change d'échelle. Les 10 milliards recherchés ne constituent qu'une nouvelle étape dans la construction des infrastructures de la Baie des Rois. Reste désormais pour FMCT à transformer ces dépenses d'aménagement en effet de levier.
Publié le 04/09/26 11:10
La Rédaction
SN
CEMAC