Les économistes du Fonds monétaire international posent leurs valises à Libreville demain, 25 février, pour une Staff Visit de dix jours, jusqu'au 6 mars. Il ne s'agit pas encore d'une négociation formelle de programme comme on l'a évoqué précédemment. La mission a pour mandat d'évaluer les développements économiques récents, de tester la cohérence du cadre budgétaire 2026 et d'identifier les préalables à un éventuel accord. Ce qu'ils trouveront à leur arrivée, c'est une économie sous pression sur trois fronts simultanés.
Le premier front est budgétaire. La loi de finances 2026, adoptée définitivement par le Sénat en décembre 2025, est arrêtée à 6 358,2 milliards FCFA, en retrait de 875 milliards par rapport au projet initial. Mais l'hypothèse de croissance retenue par le gouvernement, 6,5 %, reste deux fois et demie supérieure aux projections du FMI, de la Banque mondiale et de la BAD, qui tablent sur 2,6 % pour 2026. Cet écart est le cœur de la négociation : sur un budget de cette taille, chaque point de croissance manqué représente plusieurs centaines de milliards de recettes fiscales qui ne rentrent pas. Les équipes du Fonds demanderont selon nos informations, une loi de finances rectificative alignée sur des hypothèses macroéconomiques partagées.
Le deuxième front est celui de la dette et des marchés. Selon la Banque mondiale, la dette publique gabonaise a atteint 74,7 % du PIB en 2024, soit 4,7 points au-dessus du plafond de convergence de la CEMAC fixé à 70 %. Sans ajustement, cette trajectoire porterait le ratio à 86,1 % d'ici 2027. En décembre 2025, Fitch a abaissé la note souveraine du Gabon à CCC, citant l'absence d'accès aux marchés financiers internationaux et les difficultés croissantes de financement intérieur. Le signal positif est venu des marchés eux-mêmes : l'annonce des discussions avec le FMI, fin janvier 2026, a comprimé les spreads souverains de 1 060 à 790 points de base en quelques jours.
Les obligations gabonaises à échéance 2031 sont remontées de 76,75 à 86 cents le dollar. Les investisseurs attendent la suite. Le troisième front est quant à lui structurel. La production pétrolière nationale décline d'environ 5 % par an depuis 2012, et le Brent a terminé l'année 2025 à une moyenne de 69,1 dollars le baril, contre 80,8 dollars en 2024. Les réserves de change sont projetées à 1,9 mois d'importations pour 2025, sous le seuil prudentiel de trois mois. Et le rapport Article IV approuvé par le Conseil d'administration du FMI le 13 mai 2024 a posé des conditions non encore pleinement satisfaites.
Thierry Minko et ses équipes devront donner des gages de transparence sur la réduction du gap entre la dette souveraine et les bilans des banques commerciales régionales, le remboursement des arriérés intérieurs pour ne citer que ces deux éléments. Ce sont ces dossiers, autant que les chiffres macro-économiques, que les équipes du Fonds viendront passer en revue au boulevard Triomphal, où se trouve l'immeuble abritant le ministère de l'Économie. Le résultat de la mission déterminera si un programme formel peut être soumis au Conseil d'administration avant les réunions de printemps du FMI, prévues en avril 2026.
Idrissa Diakité
Publié le 24/02/26 16:40
La Rédaction
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