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Gabon : L'accord avec Eramet met explicitement la facture énergétique à la charge de l'État

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Le protocole d'accord signé le 20 juillet 2026 entre Eramet et l'État gabonais est sans ambiguïté sur un point précis. Pour la future usine d'alliages de manganèse de 265 000 tonnes de minerais par an, la République gabonaise devra assurer elle-même le développement des solutions énergétiques nécessaires, avec le soutien de tiers autres qu'Eramet et sa filiale Eramet Comilog. Aucun montant, aucun partenaire, aucun calendrier de financement n'est pour le moment précisé, alors que ce projet reste le plus capitalistique des trois scénarios industriels annoncés.

Ce transfert de charge intervient alors que le Gabon vient tout juste de formaliser sa participation à Mission 300, l'initiative conjointe de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement lancée en 2024 pour raccorder 300 millions d'Africains à l'électricité d'ici 2030. Le pays a présenté une feuille de route articulée autour de trois axes : répondre durablement aux besoins des populations, soutenir l'industrialisation, et garantir l'accès universel à l'électricité, une présentation qui lui a valu son intégration officielle dans le programme en juin 2026.

Le Pacte national de l'énergie publié à cette occasion fixe des objectifs précis : porter la capacité installée à 1 100 MW d'ici 2030, avec une trajectoire fondée sur l'hydroélectricité, le gaz naturel et le solaire, et réduire progressivement la dépendance au diesel et au fioul lourd au profit d'un système hybride " gaz-hydro ". Le plan vise également à porter le taux d'accès à l'électricité à plus de 95 % d'ici 2030, via la connexion d'environ 87 500 nouveaux ménages, soit près de 347 000 personnes. Ce plan est construit autour de l'accès domestique et de la couverture territoriale, non autour d'un besoin industriel ponctuel comme celui d'Eramet.

C'est de cette question financière qu'émane toute la complexité de l'accord. Une usine d'alliages de 265 000 tonnes par an nécessite, sur la base de projets miniers comparables en Afrique centrale, une puissance de l'ordre de 300 MW, soit près de 30 % de la capacité totale visée par le pays à l'horizon 2030 dans le cadre de Mission 300. Au coût standard d'une centrale thermique neuve, entre 1 et 1,5 million de dollars par MW installé, l'infrastructure nécessaire à ce seul projet représenterait entre 180 et 270 milliards FCFA, un montant à mettre en perspective avec le coût du barrage hydro-solaire de Bini à Warak, chiffré à 393 milliards FCFA pour une capacité nationale étendue.

Pour le Gabon, l'enjeu est donc désormais à la fois de mobiliser dans le cadre de Mission 300 les financements multilatéraux disponibles, la Banque mondiale et la BAD ayant déjà engagé près de 15 milliards de dollars sur l'ensemble du continent pour ce programme, tout en absorbant potentiellement un besoin industriel spécifique à Eramet qui n'était pas initialement au cœur du plan national. La cohérence entre l'agenda de Mission 300, centré sur l'accès universel des ménages, et l'engagement pris auprès d'Eramet pour un projet industriel privé, restera à clarifier par les autorités gabonaises dans les prochains mois.

Publié le 22/07/26 11:45

La Rédaction

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