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Sécurité : 11 pays africains dépensent en moyenne 240 millions USD pour la surveillance basée sur l’IA

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Sous le couvert d'une modernisation urbaine et d'une lutte accrue contre la criminalité, une transformation numérique profonde s'opère sur le continent africain. Selon une étude de l'Institute of Development Studies (IDS) et de l'African Digital Rights Network (ADRN) publiée cette année sur la surveillance par l'IA chinoise des villes intelligentes en Afrique, 11 États africains - l'Algérie, l'Égypte, le Kenya, Maurice, le Mozambique, le Nigéria, le Rwanda, le Sénégal, l'Ouganda, la Zambie et le Zimbabwe - ont consacré, ensemble, plus de 2 milliards USD à l'acquisition d'infrastructures de pointe, ce qui représente une moyenne approchant les 240 millions USD par pays.

Le Nigéria se distingue comme le premier investisseur du groupe, avec plus de 470 millions USD engagés dans ces technologies. Ces sommes colossales ont servi à ériger des architectures de surveillance intelligente reposant notamment sur des outils de numérisation de l'espace public tels que des caméras à haute définition, des technologies de reconnaissance faciale, des lecteurs automatiques de plaques d'immatriculation (ANPR) et des centres de commandement interconnectés.

L'étude souligne toutefois les limites inhérentes à ce type de recherche. En effet, les contrats d'approvisionnement restent largement enveloppés par le secret professionnel ou le secret d'État. Dans certains pays étudiés, aucun registre financier n'est accessible au public, tandis que dans d'autres, les données budgétaires demeurent fragmentaires. Par ailleurs, cette évaluation ne portant que sur 11 des 55 États du continent, les montants globaux dépensés à l'échelle africaine dépassent très largement les chiffres recensés dans le document.

Du renseignement colonial à l'IA

Toujours est-il que la surveillance des populations africaines figure non seulement au premier plan des agendas politiques, mais s'inscrit également dans une continuité historique. Les chercheurs rappellent que les mécanismes actuels prolongent les réseaux d'information établis dès l'époque coloniale, lorsque la collecte de renseignements reposait sur des agents infiltrés, des indicateurs locaux et des écoutes rudimentaires. Les régimes issus des indépendances ont ensuite conservé ces appareils sécuritaires, avant que la technologie numérique ne vienne en multiplier l'efficacité.

Aujourd'hui, la plupart des pays observés déploient des systèmes de surveillance publique dits " intelligents " depuis cinq à dix ans. Le Kenya a fait figure de pionnier dès 2014, suivi par l'Algérie, l'Égypte et le Mozambique, puis par l'Ouganda, le Zimbabwe, le Sénégal ou la Zambie. L'intégration de l'intelligence artificielle permet désormais de croiser instantanément le flux vidéo des caméras avec les bases de données administratives, les registres biométriques ou l'activité téléphonique, métamorphosant des données autrefois passives en registres consultables en temps réel.

Axe sino-israélien

Pour bâtir cette architecture, les gouvernements s'appuient sur une diversité de fournisseurs internationaux. La Chine, fournisseur privilégié, prédomine nettement sur ce marché. Dans le cadre de l'initiative de la "Route de la soie numérique", des géants technologiques fournissent du matériel et des logiciels, fréquemment financés par des prêts d'État octroyés par des établissements financiers chinois.

Si le modèle chinois de "ville sûre" prédomine, il s'insère dans un écosystème commercial plus vaste. Des composantes logicielles d'analyse et des outils de renseignement spécialisés proviennent également d'entreprises israéliennes, tandis que des fournisseurs issus des Émirats arabes unis, de Corée du Sud, des États-Unis ou de France interviennent ponctuellement.

Afin de légitimer le déploiement de milliers de capteurs dans les métropoles, les autorités invoquent systématiquement la prévention de la délinquance, la gestion du trafic urbain et la lutte contre le terrorisme. Cependant, les auteurs du rapport constatent une absence totale de preuves montrant une baisse effective de la criminalité ou une hausse des condamnations obtenues grâce à la vidéosurveillance.

Anselme Akéko

Publié le 23/07/26 11:14

La Rédaction

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