La Banque mondiale veut faire du comptage de l'électricité l'un des leviers du redressement du secteur électrique congolais. Le 14 septembre 2026, l'institution a publié une consultation de marché portant sur l'acquisition de 414 000 compteurs intelligents et communicants à Brazzaville et Pointe-Noire. L'opération cible notamment les clients basse tension encore facturés au forfait, ainsi que des points de livraison de l'État, des collectivités et des postes publics. Elle intervient alors que Brazzaville et la Banque mondiale discutent parallèlement de nouveaux financements pour améliorer l'offre et la distribution d'électricité.
Ces équipements s'inscrivent dans le Projet d'amélioration des services d'électricité (PASEL), approuvé en juin 2024 pour un financement équivalent à 100 millions de dollars, soit environ 61 milliards FCFA au taux de conversion dollar/FCFA retenu lors de l'annonce. Le projet doit améliorer la qualité et la fiabilité de l'approvisionnement, renforcer les réseaux de distribution et faciliter l'accès à l'électricité. La Banque mondiale estime qu'environ 1,75 million de personnes doivent bénéficier d'un meilleur accès grâce au programme.
Le chantier des compteurs répond surtout à une faiblesse financière du système, puisqu'une grande partie de l'électricité injectée dans le réseau n'est pas transformée en recettes. Dans son document de projet, la Banque mondiale évaluait les pertes commerciales à 28% et le taux de recouvrement à 73%. La réforme de la distribution soutenue par le PASEL vise à ramener ces pertes commerciales à 16% et à porter le taux de recouvrement à 90% sur un horizon de quatre ans. Les compteurs intelligents doivent notamment permettre de mieux mesurer les consommations et de réduire le poids de la facturation forfaitaire.
L'enjeu dépasse donc le remplacement des compteurs. La Banque mondiale indique que le PASEL doit simultanément réduire les pertes et augmenter le recouvrement des recettes, grâce aux compteurs intelligents et à de nouveaux systèmes d'information. Pour l'opérateur et l'État, une meilleure correspondance entre l'électricité distribuée, celle effectivement consommée et celle finalement payée doit contribuer à restaurer les recettes du secteur. Cette amélioration de la performance financière devient d'autant plus importante que les besoins d'investissement augmentent avec la demande électrique.
Tout ceci intervient au moment où la Banque mondiale envisage avec le gouvernement congolais et d'autres partenaires la mobilisation de ressources supplémentaires pour l'électricité. Les 100 millions de dollars du PASEL constituent ainsi une première enveloppe dans un secteur où les besoins portent à la fois sur le transport, la distribution et la qualité du service. Pour Brazzaville, les 414 000 compteurs placent désormais une partie de l'effort sur un autre terrain. Il s'agira de mieux convertir l'électricité déjà distribuée en consommation mesurée, facturée puis effectivement encaissée, avant même de considérer les investissements nécessaires à l'augmentation durable de l'offre.
Idrissa Diakité
Publié le 18/09/26 11:03
La Rédaction
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