Au-delà des chiffres du budget révisé, un second facteur d'incertitude pèse sur la dette gabonaise : les conclusions attendues d'un audit détaillant plusieurs années d'emprunts publics. Cet audit couvre la période 2016-2024 et vise à identifier les passifs non divulgués, les projets non exécutés et les fonds n'ayant jamais atteint les comptes du Trésor. L'agence de notation Moody's avait précédemment indiqué que cet examen pourrait révéler une dette supplémentaire non déclarée, un scénario que les investisseurs prennent déjà en compte dans leur lecture du risque souverain gabonais.
Nicholas Sauer, de Robeco, gérant d'actifs international, souligne qu'avec un niveau de dette dépassant déjà 70% du PIB, toute surprise à la hausse issue de cet audit est susceptible de faire basculer l'endettement dans une zone de danger. Ce risque d'audit s'ajoute à une dégradation de la trajectoire budgétaire. Le nouveau budget réduit les prévisions de recettes globales de 22%, à 3 240 milliards FCFA, et le besoin de financement global atteint désormais 915,6 milliards FCFA, en progression de 13% par rapport aux estimations de décembre.
Dans ce contexte, toute révision à la hausse du stock de dette réel, une fois l'audit publié, viendrait s'ajouter à une base déjà fragilisée plutôt que la stabiliser. Le marché a d'ores et déjà intégré une part de cette incertitude dans le pricing des obligations souveraines. Les titres à échéance février 2031 ont perdu 1,575 cent, à 84,97 cents, et ceux de 2029 ont reculé à 94,27 cents. Pour les gestionnaires de portefeuille suivant la dette émergente, l'enjeu n'est donc plus seulement le calendrier d'un futur programme FMI, mais la fiabilité même des chiffres d'endettement sur lesquels ce programme, s'il se concrétise, devra être calibré.
Ce double risque, confirme la prudence désormais affichée par les investisseurs vis-à-vis de la signature gabonaise. Tant que les conclusions de l'audit 2016-2024 ne seront pas publiées, la prime de risque intégrée dans les prix obligataires reflète autant l'incertitude sur le passé de la dette gabonaise que sur sa trajectoire à venir.
Publié le 22/07/26 10:09
La Rédaction
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CEMAC