Le Gabon pourrait franchir une nouvelle étape dans la valorisation de ses ressources gazières. L'État gabonais, représenté par le ministre du Pétrole et du Gaz Clotaire Kondja, et la société nigériane Oilserv ont signé un protocole d'accord portant sur le développement et la commercialisation des réserves en hydrocarbures des blocs DEF-3 et D4-5. Selon les éléments communiqués lors de la signature, l'accord prévoit également la mise en place d'infrastructures de transport, de compression et de traitement du gaz. L'objectif affiché est notamment d'acheminer cette ressource vers les centrales thermiques et les industries gazières du pays. Le protocole dessine donc les contours d'une chaîne allant du gisement jusqu'aux consommateurs finaux, avec l'électricité comme l'un des principaux débouchés.
Cette orientation répond à un enjeu énergétique particulièrement important pour le Gabon
En effet, le pays dispose de ressources gazières significatives, mais une part importante du gaz associé à la production pétrolière a longtemps été réinjectée ou brûlée faute d'infrastructures et de débouchés suffisants. Selon la Banque mondiale, environ 1,4 milliard de m³ de gaz ont encore été torchés au Gabon en 2022. L'enjeu consiste donc désormais à transformer cette ressource en énergie utile. Le développement de nouvelles capacités de collecte, de traitement et de transport permettrait de récupérer davantage de gaz aujourd'hui perdu et de l'affecter à la production électrique ou à des usages industriels.
À l'échelle mondiale, la Banque mondiale souligne d'ailleurs que la récupération du gaz actuellement torché peut renforcer la sécurité énergétique et soutenir la production d'électricité. C'est dans cette perspective que le contenu du protocole avec Oilserv prend une dimension stratégique. L'accord ne porte pas uniquement sur la mise en valeur des réserves des blocs DEF-3 et D4-5. Il prévoit aussi les infrastructures nécessaires pour transporter le gaz, le comprimer et le traiter avant son utilisation. Cette dimension est déterminante, car une découverte gazière ne devient réellement une ressource énergétique que lorsqu'elle peut être raccordée à un marché.
Créer des débouchés à la commercialisation du gaz
En ciblant l'approvisionnement des centrales thermiques et des industries gazières, le projet cherche ainsi à créer les débouchés nécessaires à la commercialisation du gaz produit. Il faudra toutefois distinguer cette étape de coopération d'un contrat définitif d'exploration-production ou d'exploitation : le protocole constitue une base de travail dont les modalités techniques, financières, contractuelles et réglementaires devront encore être précisées.
Pour le système électrique gabonais, l'intérêt est potentiellement majeur. Le gaz pourrait fournir aux centrales thermiques une source locale de combustible, permettant de réduire la dépendance à des approvisionnements plus coûteux ou plus contraints et d'améliorer la disponibilité des moyens de production. Le pays dispose déjà d'une expérience de production d'électricité à partir du gaz, notamment à Libreville et Port-Gentil. La question est désormais de disposer d'une chaîne d'approvisionnement suffisamment structurée et sécurisée pour accompagner durablement les besoins du réseau.
Le développement des infrastructures envisagées autour des blocs DEF-3 et D4-5 pourrait ainsi contribuer à rapprocher les zones de production des centres de consommation électrique, tout en ouvrant des perspectives pour les industries fortement consommatrices d'énergie. Au-delà de la valorisation d'une ressource aujourd'hui sous-exploitée, l'enjeu est donc de faire du gaz un véritable pilier de la sécurité énergétique du Gabon. En transformant une partie du gaz actuellement réinjecté ou brûlé en combustible destiné aux centrales thermiques, le pays pourrait sécuriser davantage son approvisionnement en électricité et disposer d'une source d'énergie domestique plus prévisible.
Le potentiel existe déjà : le gaz produit au Gabon alimente historiquement des centrales à Port-Gentil et Libreville, représentant environ 200 MW de capacité de production électrique. Le développement des infrastructures prévues autour des blocs DEF-3 et D4-5 pourrait ainsi inscrire le gaz au cœur d'une stratégie énergétique plus large, en complément de l'hydroélectricité et des autres sources renouvelables, avec en toile de fond : transformer une ressource gazière encore largement perdue en énergie disponible pour le réseau et l'industrie gabonaise.
Idrissa Diakité
Publié le 09/09/26 13:29
La Rédaction
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CEMAC