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Ghana : L’attaque djihadiste au Burkina fait flamber de 33% les prix de la tomate

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La suspension des importations de tomates en provenance du Burkina Faso, consécutive à une attaque djihadiste meurtrière survenue le 14 février dernier à Titao, au Nord du pays, provoque une onde de choc sur les marchés ghanéens. Sur le marché d'Agbogbloshie, cœur névralgique du commerce de produits vivriers dans la capitale, les commerçantes ne cachent pas leur inquiétude. En quelques jours, le prix d'un panier de tomates fraîches en vrac est passé de 3 000 cedis (273 dollars), soit 151 262 FCFA à 4 000 cedis (364 dollars), soit 201 683 FCFA, depuis ce 18 février, sur ce principal marché d'Accra, ce qui équivaut à un taux d'augmentation de 33,34% rapporte Bloomberg.

Cette hausse soudaine intervient après la décision de l'Association nationale ghanéenne des commerçants et transporteurs de tomates de suspendre ses activités transfrontalières. Dix-huit commerçants ghanéens s'étaient rendus au Burkina Faso pour s'approvisionner lorsqu'ils ont été pris dans une attaque djihadiste. Huit d'entre eux ont perdu la vie et trois ont été blessés, selon le ministère ghanéen des Affaires étrangères.

L'augmentation des prix est d'autant plus marquante qu'elle intervient dans un contexte de ralentissement de l'inflation. En janvier, les prix des tomates avaient presque diminué de moitié par rapport à l'année précédente, contribuant à ramener le taux d'inflation global du Ghana à 3,8%, son niveau le plus bas en près de trente ans, d'après les données officielles.

La brusque remontée actuelle illustre la sensibilité des prix alimentaires aux perturbations logistiques et sécuritaires. Produit de base de l'alimentation ghanéenne, la tomate entre dans la composition de la majorité des plats consommés quotidiennement. Toute tension sur son approvisionnement se répercute immédiatement sur le budget des ménages.

Au-delà du drame humain, l'épisode révèle les fragilités des chaînes d'approvisionnement régionales. La suspension des importations jusqu'à nouvel ordre pourrait entre autres, entraîner une pression prolongée sur les prix si l'offre locale ne compense pas rapidement le déficit ; une hausse des coûts pour les restaurateurs et les transformateurs ; et également un risque de résurgence inflationniste si la situation perdure.

Une dépendance structurelle vis-à-vis du Burkina Faso

Le Burkina Faso demeure le principal fournisseur de tomates du Ghana. En 2024, les importations ghanéennes de tomates en provenance de son voisin du Nord ont atteint 22,2 millions de dollars, selon les données de l'Observatory of Economic Complexity, plateforme en ligne de premier plan pour la visualisation des données du commerce international.

Cette dépendance met en lumière la vulnérabilité du Ghana face à l'instabilité sécuritaire qui frappe le Sahel. L'attaque de Titao s'inscrit dans une dynamique régionale marquée par l'expansion de groupes armés islamistes. Parmi eux, Jama'at Nasr al-Islam wal-Muslimin (JNIM), affilié à Al-Qaïda, étend progressivement son influence le long d'un corridor allant du Mali au Nigeria, selon un rapport récent de l'Armed Conflict Location & Event Data Project (Acled), ONG américaine spécialisée dans la collecte et l'analyse des données chiffrées et géographiques dans les zones de conflits.

À court terme, les autorités pourraient être amenées à explorer des alternatives, en l'occurrence la diversification des sources d'importation, un soutien accru à la production locale ou la facilitation logistique interne. Mais ces ajustements exigent du temps, alors que les marchés réagissent en temps réel.

Publié le 19/02/26 09:26

Narcisse Angan

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