Ghana : Le cedi signe sa 1ère appréciation annuelle en 30 ans

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Après trois décennies de dépréciation quasi ininterrompue, le cedi ghanéen a opéré en 2025 un retournement historique. Soutenue par la flambée des cours de l'or, le renforcement des réserves de change et une rigueur budgétaire retrouvée, la monnaie nationale a enregistré sa première hausse annuelle face au dollar américain depuis le milieu des années 1990. Un signal fort, qui dépasse le simple soulagement conjoncturel et suggère une inflexion structurelle de la trajectoire macroéconomique du pays.

En effet, selon les données de Bloomberg, le cedi s'est apprécié d'environ 41% sur l'année. Dans l'univers des devises mondiales, cette progression place la monnaie ghanéenne au deuxième rang des devises les plus performantes, derrière le rouble russe, parmi les 144 devises suivies à l'échelle internationale. Ce rebond tranche avec les années de forte volatilité qui ont marqué le début de la décennie 2020, lorsque le cedi figurait parmi les monnaies émergentes les plus fragiles, miné par des déficits jumeaux, une dette insoutenable et une perte de confiance des investisseurs.

L'or, pilier du redressement

Au cœur de cette reprise, se trouve l'or, dont les prix mondiaux ont connu leur meilleure performance depuis 1979. Premier producteur d'or d'Afrique, le Ghana a su transformer cette conjoncture favorable en levier macroéconomique. La Banque du Ghana a considérablement accru ses achats de lingots, faisant progresser les réserves internationales brutes de 24%, à 11,4 milliards de dollars en octobre. Ce renforcement des réserves a contribué à réduire la pression sur le marché des changes et à restaurer la crédibilité externe du pays.

Un tournant majeur a été le lancement de GoldBod, une entité publique chargée d'acheter l'or auprès des petits exploitants artisanaux. L'objectif est double : intégrer la production informelle à l'économie formelle et endiguer la contrebande, longtemps responsable de pertes importantes de devises. Au seul troisième trimestre, GoldBod a exporté plus de 25 700 kilogrammes d'or, dépassant légèrement les volumes des grandes sociétés minières, un indicateur fort de la rapidité avec laquelle la filière informelle est en train d'être captée par le circuit officiel.

Discipline budgétaire et retour de la confiance

La solidité retrouvée du cedi repose aussi sur un resserrement budgétaire assumé. Après la restructuration de sa dette, le Ghana a engagé une politique de réduction des dépenses et de maîtrise des déficits, ce qui a contribué à contenir la demande de dollars. De retour au pouvoir en janvier, le président John Dramani Mahama s'est engagé à assainir durablement les finances publiques dans le cadre d'un programme de 3 milliards de dollars soutenu par le FMI, conclu après le défaut de paiement de 2023. Le gouvernement est en bonne voie d'atteindre un déficit budgétaire de 2,8% du PIB cette année et prévoit de le ramener à 2, % d'ici 2026.

Cette trajectoire a permis de freiner l'inflation, d'alléger la pression sur les taux d'intérêt et de raviver l'appétit des investisseurs. Les obligations souveraines ghanéennes en dollars restructurées ont généré des rendements supérieurs à 30% sur l'année, se classant parmi les cinq plus performantes des marchés émergents. Pour le Ghana, la portée de cette appréciation dépasse largement l'évolution du taux de change. Elle illustre la manière dont une gestion plus stratégique des ressources naturelles, combinée à des réformes institutionnelles et budgétaires, peut transformer durablement les équilibres financiers d'un pays.

Narcisse Angan

Publié le 06/01/26 16:32

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