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Ghana : Moody’s relève la note souveraine à ''B3'', consacrant le retour progressif de la confiance

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L'agence de notation a relevé la note du Ghana de " Caa1 " à " B3 ", avec une perspective désormais stable. Cette amélioration récompense la baisse du coût de la dette, la discipline budgétaire et le renforcement des comptes extérieurs, soutenu par l'envolée des exportations d'or. Accra reste néanmoins exposé à la volatilité des matières premières et du taux de change.

Trois ans après avoir engagé la restructuration de sa dette, le Ghana franchit une nouvelle étape dans la normalisation de son profil financier. Moody's Ratings a relevé, le 9 octobre 2026, la note souveraine de long terme du pays de " Caa1 " à " B3 ", aussi bien en monnaie locale qu'en devises. L'agence a parallèlement ramené la perspective de positive à stable.

Les obligations internationales et les programmes d'émission de dette du Ghana bénéficient du même relèvement. Cette décision traduit une amélioration de la capacité du gouvernement à financer son budget et à honorer ses engagements, même si sa signature demeure classée dans la catégorie spéculative. Une note " B3 " indique toujours un risque de crédit élevé, mais marque un éloignement supplémentaire des niveaux associés à une situation de détresse financière.

Le relèvement repose principalement sur la baisse durable des coûts de financement domestiques, la progression de l'accessibilité de la dette et l'amélioration des équilibres macroéconomiques. Pour Moody's, ces avancées devraient résister aux tensions extérieures, notamment celles provoquées par le conflit au Moyen-Orient.

Le poids des intérêts recule nettement

La baisse de la charge d'intérêts constitue l'un des principaux motifs de la décision. Au premier semestre 2026, les paiements d'intérêts ont été inférieurs de 24 % aux prévisions budgétaires. Ils n'ont absorbé que 17,2 % des recettes publiques, leur niveau le plus faible depuis 2012.

Moody's prévoit que ce ratio se stabilisera entre 20 % et 25 % jusqu'en 2028, contre une fourchette de 25 % à 30 % anticipée lorsque l'agence avait relevé la note du Ghana à " Caa1 " en octobre 2025.

Cette amélioration s'explique notamment par le reflux de l'inflation et la baisse des taux sur le marché intérieur. L'inflation, tombée à 3,2 % en mars 2026, est remontée à 5,2 % en septembre, mais reste contenue dans la fourchette cible de la Banque du Ghana, fixée à 8 %, avec une marge de deux points.

Les bons du Trésor à 364 jours ont ainsi été adjugés à des taux compris entre 10 % et 13 % au cours des neuf premiers mois de l'année, contre un taux directeur de 14 %. Cette détente se transmet rapidement au budget, les titres à court terme occupant encore une place importante dans le financement de l'État.

La normalisation reste néanmoins incomplète. Le marché obligataire domestique recommence seulement à accueillir des émissions de maturité plus longue. Leur développement doit progressivement réduire le risque de refinancement, c'est-à-dire la nécessité pour l'État de renouveler fréquemment sa dette à court terme.

Une dette ramenée sous la barre des 50 % du PIB

La discipline budgétaire a également joué un rôle déterminant. Après un déficit primaire de 2,1 % du produit intérieur brut en 2024, le Ghana a dégagé un excédent supérieur à 2 % du PIB en 2025. Moody's estime que le gouvernement devrait atteindre son objectif d'excédent primaire de 1,5 % en 2026.

Le solde primaire mesure la différence entre les recettes et les dépenses publiques, hors intérêts de la dette. Un excédent signifie donc que l'État dégage suffisamment de ressources pour couvrir ses dépenses courantes et contribuer au remboursement de ses engagements financiers.

Sous l'effet de l'assainissement budgétaire et de l'appréciation de la monnaie nationale, la dette publique, selon le périmètre retenu par Moody's, est revenue de 70,1 % du PIB en 2024 à 48,8 % en 2025. Ce calcul intègre notamment les engagements du Ghana Cocoa Board, les arriérés dus aux fournisseurs et la dette garantie par l'État.

L'agence s'attend désormais à une stabilisation de l'endettement autour de 50 % du PIB au cours des prochaines années. La fin, en juillet 2026, du programme soutenu par la Facilité élargie de crédit du FMI ne doit pas marquer l'arrêt des réformes. Un nouvel Instrument de coordination de la politique économique, d'une durée de 36 mois et sans décaissement, doit servir de cadre pour préserver la discipline budgétaire et la confiance des investisseurs.

Le Ghana reste toutefois pénalisé par la faiblesse de ses recettes publiques. Une base fiscale étroite limite les marges de manœuvre du gouvernement et maintient le poids des intérêts à un niveau encore élevé par rapport aux autres pays notés dans la catégorie " B ".

L'or, moteur du redressement extérieur

L'amélioration de la notation repose aussi largement sur le secteur aurifère. Premier producteur d'or d'Afrique selon Moody's, le Ghana bénéficie de cours historiquement élevés. Le métal précieux représentait 67 % de ses exportations de marchandises en 2025.

Cette dynamique a contribué au retour du compte courant à l'excédent depuis 2024, après plus de vingt années marquées par des déficits récurrents. Les exportations procurent désormais davantage de devises, soutiennent le cedi et réduisent les tensions inflationnistes liées aux importations.

Moody's estime que les cours de l'or devraient rester favorables au cours des prochaines années et permettre au Ghana de conserver de solides excédents extérieurs. Cette dépendance constitue cependant une force autant qu'une vulnérabilité. Une forte baisse des prix du métal réduirait les recettes d'exportation, affaiblirait la monnaie et pourrait provoquer un nouveau regain d'inflation.

Le gouvernement cherche à renforcer ses réserves grâce à la politique nationale d'accumulation accélérée des réserves, la GANRAP. Celle-ci repose principalement sur l'achat d'or produit localement. D'autres leviers sont envisagés : diversification des exportations agricoles, meilleure captation des transferts de la diaspora, développement de nouveaux champs pétroliers, stabilisation du secteur énergétique et maintien de la discipline budgétaire. Leur mise en œuvre s'annonce toutefois plus complexe.

Des risques importants subsistent

Le passage à " B3 " ne marque pas la disparition des fragilités ghanéennes. Moody's cite notamment la volatilité du taux de change, la concentration des exportations sur l'or, la faiblesse persistante des recettes publiques et une efficacité encore limitée des politiques économiques.

Les entreprises publiques constituent une autre source de risques budgétaires, particulièrement dans les secteurs de l'énergie et du cacao. Le Ghana devra également recapitaliser la Banque centrale, dont les fonds propres négatifs représentaient 6,7 % du PIB en 2025, conformément à une obligation légale devant être satisfaite d'ici 2032.

Voir aussi - Sénégal, le risque pays au-delà des notations 

À ces contraintes s'ajoute le risque traditionnel de dérapage budgétaire à l'approche des élections. Moody's estime que la maîtrise des dépenses pourrait être mise à l'épreuve avant le scrutin de 2028.

L'agence a néanmoins relevé le plafond de notation des émetteurs ghanéens en monnaie locale de " B1 " à " Ba3 ", et celui applicable en devises de " B2 " à " B1 ". Ces plafonds représentent la meilleure notation théoriquement accessible aux emprunteurs établis dans le pays, en fonction des risques économiques, institutionnels et de transfert de devises.

La perspective stable signifie désormais que Moody's considère les risques d'amélioration et de dégradation comme globalement équilibrés. Une discipline budgétaire durable, l'accumulation de réserves et l'allongement de la maturité de la dette pourraient ouvrir la voie à un nouveau relèvement. À l'inverse, un recul brutal des cours de l'or, une forte dépréciation du cedi ou une détérioration des finances publiques remettraient en cause les progrès accomplis.

Le Ghana sort ainsi progressivement de la zone de crise, sans avoir encore retrouvé une signature financière solide. Le relèvement à " B3 " valide la trajectoire engagée depuis la restructuration de la dette. La prochaine étape consistera à démontrer que ce redressement peut survivre à un retournement des matières premières et au prochain cycle électoral.

Publié le 14/10/26 10:10

Jean Mermoz Konandi

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