La confirmation de la note souveraine du Ghana par Standard & Poor's Global Ratings, assortie de perspectives stables, envoie un signe mesuré aux marchés.
Derrière ce maintien à ‘'B-/B'', l'agence dessine une économie en convalescence, portée par des réformes budgétaires ambitieuses et un contexte extérieur favorable, mais encore exposée à des vulnérabilités structurelles et à un environnement international incertain.
Une crédibilité en reconstruction après la crise de la dette
Le Ghana s'approche de la fin d'un cycle critique ouvert par son défaut de paiement en décembre 2022. Le pays a depuis engagé une restructuration d'ampleur, couvrant près de 97% de la dette concernée, incluant l'échange de 13,1 milliards de dollars d'eurobonds en 2024 et la dette domestique en 2023.
Cette séquence marque un tournant. Elle a permis de restaurer partiellement la soutenabilité de la dette et de réduire significativement le poids du service de celle-ci, passé de niveaux extrêmes à une moyenne attendue autour de 20% des recettes publiques d'ici 2029, contre près de 48% au pic de la crise.
Une embellie macroéconomique tirée par l'or
L'économie ghanéenne bénéficie d'un contexte plus favorable. La hausse des cours de l'or a joué un rôle déterminant, permettant un excédent courant remarquable de 9,35 milliards de dollars en 2025, soit 8,1% du PIB, et une accumulation record de réserves de change à 14,5 milliards de dollars.
Dans le même temps, la croissance a atteint 6% en 2025, portée par une demande intérieure plus dynamique et un regain de confiance des acteurs économiques. L'inflation, longtemps hors de contrôle, est retombée à 3,8% en février 2026, tandis que les taux d'intérêt domestiques ont fortement reculé, facilitant le refinancement de la dette.
Autre évolution structurante, la formalisation du secteur aurifère via la création du Ghana Gold Board a permis de doubler les volumes exportés entre 2023 et 2025, renforçant les recettes publiques et la traçabilité des flux.
Des réformes budgétaires ambitieuses mais encore à l'épreuve
Le nouveau gouvernement, en place depuis fin 2024, affiche une volonté claire de rompre avec les dérives passées. L'instauration d'un excédent primaire obligatoire de 1,5% du PIB, un objectif de dette à 45% du PIB à horizon 2034 et la mise en place d'un conseil budgétaire indépendant traduisent cette ambition.
Selon S&P Global Ratings, ‘'les perspectives stables reflètent un équilibre entre l'amélioration des résultats budgétaires et les risques liés à la mise en œuvre des réformes''.
Mais l'agence reste prudente. Le Ghana traîne un historique de dérapages budgétaires, notamment en période électorale, et ‘'l'efficacité des nouvelles règles reste à démontrer sur la durée''.
Une économie encore exposée aux chocs externes
Malgré ces progrès, les fragilités demeurent. L'économie reste fortement dépendante des matières premières, notamment de l'or qui représente plus de 66% des exportations. Une baisse des cours pourrait rapidement dégrader les équilibres extérieurs.
Le contexte géopolitique constitue également une source d'incertitude. Le conflit au Moyen-Orient pourrait renchérir les coûts de l'énergie et du transport, alimenter l'inflation et peser sur le pouvoir d'achat. ‘'Les tensions extérieures pourraient fragiliser la trajectoire de redressement'', souligne l'agence.
Par ailleurs, près de la moitié de la dette publique reste libellée en devises étrangères, exposant le pays aux fluctuations du taux de change.
Un secteur financier encore sous pression
Le système bancaire reste marqué par les séquelles de la crise. Le taux de créances douteuses atteint encore 18,9% à fin 2025, conséquence de la restructuration de la dette, des arriérés de paiement de l'État et des difficultés des entreprises.
Si la plupart des banques ont été recapitalisées, certaines institutions restent fragiles, traduisant la persistance des risques financiers domestiques.
Pour les 12 à 18 prochains mois, une poursuite des réformes et une discipline budgétaire renforcée pourraient ouvrir la voie à une amélioration de la notation. À l'inverse, tout relâchement ou blocage dans la restructuration de la dette pourrait raviver les tensions.
Publié le 30/03/26 18:14
Dr Ange Ponou
SN
CEMAC