Au Ghana, deuxième producteur mondial de cacao, une crise paradoxale secoue le secteur. Alors que les conditions climatiques favorisent une récolte de mi-saison abondante, les producteurs alertent sur un risque majeur de pertes lié au manque de liquidités, rapporte Reuters. Dans plusieurs régions cacaoyères, les pluies ont stimulé les rendements, laissant entrevoir une production supérieure à celle des campagnes précédentes. Mais cette embellie est aujourd'hui compromise par des retards de paiement pouvant atteindre six mois.
Privés de ressources, de nombreux agriculteurs ne peuvent plus financer les opérations essentielles à la récolte : main-d'œuvre, transport ou stockage. Une situation critique dans un secteur qui fait vivre près de 800 000 familles à travers le pays. Face à cette crise, les planteurs changent de stratégie. De plus en plus, ils refusent de livrer leur production sans paiement immédiat, rompant avec des pratiques jusque-là courantes. Certains conservent leurs stocks en attendant des acheteurs capables de payer comptant. Une évolution qui pourrait perturber la chaîne d'approvisionnement et ralentir davantage la commercialisation.
Au cœur des tensions, le Cocobod, l'organisme public chargé de réguler la filière. Celui-ci affirme avoir débloqué des fonds pour apurer les arriérés de paiement via les sociétés d'achat agréées (LBC). Mais sur le terrain, le discours est contesté. Plusieurs acteurs du secteur affirment ne pas avoir reçu les paiements attendus, malgré la vente des fèves déjà livrées. Ce décalage entre annonces officielles et réalité opérationnelle alimente la défiance et accentue la crise de liquidité qui frappe la filière. Ces difficultés interviennent dans un contexte déjà tendu. Le Ghana fait face à une baisse de production liée à plusieurs facteurs structurels : maladies des cultures, vieillissement des plantations, exploitation minière illégale et conditions climatiques imprévisibles.
À cela s'ajoute une chute brutale des prix mondiaux du cacao, qui ont perdu près de 75% depuis les sommets atteints fin 2024. Résultat : même en cas de bonnes récoltes, les revenus des producteurs restent sous pression. Les données de la Banque du Ghana confirment cette tendance, avec une baisse d'environ 20% des recettes d'exportation, tombées à 956,3 millions de cedis en février. Le cacao demeure un pilier de l'économie ghanéenne et une source majeure de devises. Mais la crise actuelle met en lumière les fragilités d'un système dépendant de flux financiers réguliers et d'une organisation efficace de la commercialisation. Sans résolution rapide des retards de paiement, le pays risque non seulement de perdre une partie de sa récolte actuelle, mais aussi de fragiliser durablement la confiance des producteurs.
Publié le 25/04/26 12:29
Narcisse Angan
SN
CEMAC