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Guerre en Iran : L’Afrique prise dans une ruée stratégique pour sécuriser ses approvisionnements en carburant

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La guerre en Iran agit comme un révélateur brutal des fragilités énergétiques africaines. En quelques jours, la perturbation du détroit d'Ormuz, artère vitale du commerce pétrolier mondial, a déclenché une course aux approvisionnements sur le continent, où les réserves de carburants raffinés ne couvrent souvent que quelques semaines.

Près de 600 000 barils de produits pétroliers par jour, habituellement expédiés du Moyen-Orient vers l'Afrique, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), sont désormais menacés. Pour certains pays, ces flux représentent l'essentiel de leur consommation, plaçant les gouvernements face à une urgence logistique et stratégique.

Une dépendance structurelle mise à nu

La crise actuelle met en lumière une vulnérabilité de fond. Malgré une production représentant environ 7% du pétrole brut mondial, l'Afrique a vu sa capacité de raffinage reculer d'un tiers en deux décennies, conséquence de fermetures d'unités et d'un sous-investissement chronique.

Dans ce contexte, de nombreux pays dépendent massivement des importations de carburants raffinés, en particulier depuis le Moyen-Orient. En Afrique de l'Est et australe, cette dépendance atteint près de 75%, selon les analyses du cabinet CITAC, cités par Bloomberg.

Des marges de manœuvre extrêmement limitées

La fragilité des stocks constitue un facteur aggravant. Contrairement aux standards de sécurité énergétique fixés par les pays membres de l'AIE, qui imposent des réserves couvrant au moins 90 jours de consommation, la plupart des économies africaines disposent de capacités bien inférieures.

Au Kenya, les importateurs doivent maintenir des stocks équivalents à 21 jours seulement. Une seule cargaison retardée peut ainsi suffire à désorganiser l'ensemble du marché. Déjà, certains distributeurs rationnent leurs ventes, et des ruptures sont signalées dans les zones rurales.

En Éthiopie, le gouvernement appelle ouvertement à la sobriété énergétique, privilégiant les usages essentiels dans un contexte de tension croissante.

L'effet d'éviction des économies riches

À cette contrainte physique s'ajoute un facteur financier. Dans un marché mondial sous tension, les pays africains, souvent moins solvables, risquent d'être évincés par des acheteurs plus riches capables de surenchérir pour sécuriser les cargaisons disponibles.

Ce mécanisme accentue les inégalités d'accès à l'énergie et renforce la vulnérabilité des économies les plus dépendantes des importations.

Des situations nationales contrastées

Au Ghana, la situation apparaît sous contrôle à court terme. Le pays dispose de réserves couvrant environ 2 mois de consommation, grâce à une combinaison de production locale et d'importations diversifiées. Toutefois, sa capacité de raffinage reste limitée, couvrant à peine un tiers de la demande.

L'Afrique du Sud présente une autre forme de fragilité. Malgré son statut d'économie industrialisée, le pays a perdu près de la moitié de sa capacité de raffinage ces dernières années. Ses installations restantes couvrent moins de la moitié de la demande nationale, le rendant fortement dépendant des importations, notamment en provenance du Moyen-Orient.

À l'inverse, le Nigeria fait figure d'exception sur le continent. La montée en puissance de la raffinerie portée par Aliko Dangote, d'une capacité de 650 000 barils par jour, change la donne. Le pays est désormais en mesure de couvrir sa demande intérieure et de dégager des excédents exportables, tout en disposant de stocks pour plusieurs semaines.

Une crise révélatrice d'un enjeu stratégique

Au-delà de l'urgence conjoncturelle, la crise actuelle souligne une faille structurelle majeure : la dépendance du continent à une route maritime unique et à des capacités de raffinage externes.

La régulation des prix dans de nombreux pays pourrait temporairement masquer les tensions, mais elle ne fait que différer les ajustements, au risque d'aggraver les déséquilibres à moyen terme.

Dans un contexte de volatilité géopolitique accrue, la sécurisation des approvisionnements énergétiques s'impose plus que jamais comme un impératif stratégique. Pour l'Afrique, l'enjeu dépasse la gestion de crise immédiate. Il s'agit de repenser en profondeur son modèle énergétique, en réinvestissant dans le raffinage local et en diversifiant ses sources d'approvisionnement, sous peine de voir ces épisodes de pénurie se répéter avec une intensité croissante.

Publié le 18/03/26 19:38

La Rédaction

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