Le système électrique nigérian s'enfonce dans une crise profonde, où l'accumulation des dettes fragilise durablement les opérateurs et menace la continuité même du service. Les tensions de trésorerie observées révèlent les limites structurelles d'un secteur sous-capitalisé.
Selon Joy Ogaji, directrice générale de l'Association des producteurs indépendants d'électricité du Nigeria, de nombreuses entreprises du secteur évoluent désormais en zone critique. Certaines ont dû recourir à l'endettement pour maintenir leurs activités, tandis que d'autres peinent à honorer leurs engagements les plus élémentaires, notamment le paiement des salaires. Dans les cas les plus extrêmes, les actionnaires ont été contraints d'engager leurs garanties personnelles pour éviter la faillite.
Un appareil de production largement paralysé
Les difficultés financières se traduisent directement par une chute de la capacité opérationnelle. D'après les données de Nigeria Independent System Operator, 16 des 33 centrales électriques du pays étaient à l'arrêt dans l'après-midi de ce 17 mars. Les installations restantes produisaient à peine 3 705 mégawatts, un niveau dérisoire au regard des besoins d'un pays de plus de 230 millions d'habitants.
Cette situation s'inscrit dans une crise structurelle ancienne. Malgré son poids démographique et économique, le Nigeria peine à dépasser une capacité installée d'environ 4 000 mégawatts. À peine plus de la moitié de la population est connectée au réseau électrique.
À titre de comparaison, l'Afrique du Sud, avec une population près de 4 fois inférieure, dispose d'une capacité de production plus de 10 fois supérieure, soulignant le retard considérable du Nigeria en matière d'infrastructures énergétiques.
Un plan de sauvetage jugé insuffisant
Face à cette crise, les autorités ont lancé un programme visant à mobiliser 4 000 milliards de nairas sur les marchés financiers domestiques afin d'apurer les dettes du secteur. Toutefois, la mise en œuvre du dispositif suscite de fortes réserves.
À ce stade, seul un huitième des fonds attendus a été levé, le reste devant être mobilisé à travers des émissions obligataires trimestrielles. Un calendrier jugé trop lent par les acteurs du secteur, alors que la situation financière continue de se dégrader.
Publié le 18/03/26 18:38
La Rédaction
SN
CEMAC