menu mobile
L’information économique au cœur des marchés africains

Guinée équatoriale : Malabo veut faire de ses licences de pêche un nouvel instrument de captation de valeur

BRVMC0000000 - BRVMC
La BRVM Ouvre dans 8h26min

La Guinée équatoriale veut revoir les règles économiques d'exploitation de ses ressources halieutiques. Le gouvernement envisage désormais de déterminer le coût des licences de pêche industrielle en fonction de la valeur des espèces capturées et des volumes exploités, tout en imposant aux opérateurs de commercialiser localement 25 % de leurs prises. La mesure ressort des orientations arrêtées par les autorités lors de la révision du système d'octroi des licences.

Le changement est significatif. Jusqu'ici, l'accès aux eaux équato-guinéennes reposait essentiellement sur l'autorisation accordée aux opérateurs, tandis que le nouveau mécanisme envisagé introduirait une logique davantage liée à la valeur économique de la ressource prélevée. Les autorités ont parallèlement décidé de limiter l'attribution de nouvelles licences pendant la révision du dispositif. Pour les entreprises concernées, l'accès à la ressource pourrait donc devenir plus coûteux lorsque les volumes ou la valeur commerciale des espèces exploitées augmentent.

Cette politique répond aussi à un paradoxe économique. En effet, malgré ses ressources maritimes, la Guinée équatoriale reste importatrice de poisson. Selon l'Institut national de la statistique de Guinée équatoriale (INEGE), les importations de produits alimentaires et de boissons non alcoolisées ont atteint près de 100 milliards FCFA en 2024, dont 8,5 % pour les poissons et crustacés, soit environ 8,5 milliards FCFA. Une autre publication de l'INEGE consacrée spécifiquement aux importations alimentaires estime la part du poisson à 10,1 % des achats alimentaires en 2024. Dans ce contexte, l'obligation d'écouler 25 % des prises sur le territoire vise aussi à substituer une partie de la production nationale aux importations.

Malabo dispose déjà d'une infrastructure financière pour accompagner cette stratégie. La Banque africaine de développement avait accordé 36,4 milliards FCFA au Projet d'appui au développement des chaînes de valeur du secteur de la pêche et de l'aquaculture (PASPA), pour un coût global initial de 45,9 milliards. Le programme couvre la production, la conservation, la transformation et la commercialisation. La BAD estime qu'il doit permettre d'accroître de 19 126 tonnes la quantité de poisson disponible sur le marché et d'améliorer les revenus des acteurs de la filière.

La réforme des licences donne ainsi une dimension supplémentaire à cette politique avec l'ambition sous jacente de faire de la pêche non seulement un outil de sécurité alimentaire, mais une source de valeur hors hydrocarbures. Pour une économie encore fortement dépendante du pétrole et du gaz, le potentiel budgétaire reste néanmoins à démontrer, tant Malabo n'a pas encore publié les nouveaux tarifs, les volumes concernés ni les recettes supplémentaires attendues. C'est sur ces paramètres que se mesurera la portée de la réforme.

Idrissa Diakité

Publié le 15/09/26 10:13

La Rédaction

SOYEZ LE PREMIER A REAGIR A CET ARTICLE

Pour poster un commentaire, merci de vous identifier.

n_1KoZz5jW8HwHQOo_0eBoGmzTpPjX8eVG-A6sPNvLA False