La Côte d'Ivoire aborde une nouvelle phase de son développement économique. Après avoir résisté aux chocs récents, notamment la crise sanitaire liée au Covid-19, le pays a retrouvé une trajectoire de croissance solide, avec un taux de 7% au moment du rebond post-épidémie. Dans cette dynamique, l'État a lancé un nouveau cycle de planification avec le Plan national de développement (PND) 2026-2030, appelé à prendre le relais du PND précédent, dont le taux d'exécution intermédiaire atteint 53,7%, pour plus de 21 054 milliards FCFA déjà mobilisés. Ce nouveau cadre stratégique mise sur trois priorités : l'industrialisation, le renforcement du capital humain et l'intégration accrue des technologies numériques. Pour financer ses grands projets, le gouvernement prévoit d'ailleurs une table ronde avec les bailleurs de fonds et les partenaires au développement, prévue à Abidjan les 8 et 9 juillet 2026.
Dans ce contexte, le numérique s'impose comme l'un des principaux leviers de transformation de l'économie ivoirienne. Selon la Banque mondiale, les gains potentiels du secteur pourraient atteindre 20 milliards USD d'ici à 2050. En 2024, l'État a déjà consacré plus de 250 milliards FCFA, soit 446,7 millions USD, au développement de son écosystème numérique. Cette montée en puissance s'accompagne d'une forte progression de la connectivité. Fin septembre 2025, la Côte d'Ivoire comptait 37 millions d'abonnements internet actifs. Le pays dépassait aussi les 60 millions de cartes SIM, avec un taux de pénétration de 185%. Le mobile money poursuit sa croissance, avec 28,6 millions d'abonnements actifs.
Transition mesurable
Mais la transition numérique ne se jugera pas seulement à l'aune des annonces. Elle devra surtout se traduire par une hausse des investissements, des gains de productivité, davantage d'emplois qualifiés et une meilleure résilience financière des entreprises. C'est dans cette logique que les autorités ivoiriennes structurent désormais leur vision autour de sept piliers à l'horizon 2035. À en croire les récentes déclarations du ministre de la Transition numérique et de l'Innovation technologique, Djibril Ouattara, l'objectif est d'améliorer la connectivité sur l'ensemble du territoire, faire reculer les zones blanches, accélérer la transformation digitale de l'administration et simplifier l'environnement des affaires. L'enjeu dépasse la modernisation technologique. Il s'agit aussi de créer un cadre plus efficace pour les entreprises et plus attractif pour les capitaux.
Au cœur de cette stratégie, l'innovation occupe une place centrale. Le développement de l'entrepreneuriat technologique local doit accompagner l'émergence d'une IA souveraine, présentée comme un levier majeur de transformation sectorielle. Selon les projections avancées par Stéphane Coulibaly Kounandi, Directeur de l'Innovation, des startups et du secteur privé au Ministère de la Transition numérique et de l'Innovation technologique, les investissements dans l'IA pourraient dépasser 1 000 milliards FCFA d'ici à 2030. Si cette enveloppe se concrétise, elle pourrait alimenter un effet d'entraînement important : infrastructures de pointe, laboratoires spécialisés, montée en compétences et financement accru des startups locales. L'État veut aussi miser sur le capital humain. La montée en compétences, la modernisation de la Poste et la généralisation de la confiance numérique doivent permettre d'accélérer la dématérialisation. À la clé : des gains de productivité, une meilleure organisation des services et une réduction des coûts.
Alignement avec les tendances mondiales
En comparaison avec les grandes tendances technologiques mondiales mises en avant par GlobalData “Tech 2030”, la Côte d'Ivoire affiche plusieurs points de convergence. Le plus évident concerne le mobile money. Avec plus de 73% de pénétration, le pays figure parmi les marchés les plus avancés en Afrique dans ce domaine. Ce socle transactionnel constitue un avantage réel pour le développement de services cloud, d'outils B2B et de solutions financières numériques.
En revanche, certains écarts demeurent. La pénétration du haut débit fixe reste limitée, et les capacités de calcul intensif restent encore insuffisantes pour accompagner l'essor des usages avancés de l'IA et du traitement de masse des données. Pour combler ce retard, la Côte d'Ivoire devra augmenter ses investissements dans les datacenters et les infrastructures de nouvelle génération.
Secteurs porteurs
Si la trajectoire se confirme, plusieurs segments de l'économie devraient capter l'essentiel des investissements et des emplois qualifiés d'ici 2035. Les télécommunications resteront le socle de l'écosystème, mais leur rôle évoluera vers celui d'opérateurs d'infrastructures plus larges, intégrant davantage de services cloud.
La fintech devrait également continuer à monter en puissance, portée par la demande de crédit digital et d'assurance en ligne. Les activités liées au cloud computing et aux centres de données pourraient connaître une forte expansion, soutenues par les exigences de stockage local des données publiques et financières.
La cybersécurité deviendra, elle aussi, un passage obligé. À mesure que l'économie se numérise, la protection des infrastructures critiques s'imposera comme un investissement incontournable. Les éditeurs de logiciels B2B, les centres de formation technologique et les structures spécialisées dans l'IA et la data devraient également en bénéficier.
Risques à surveiller
Reste une équation essentielle : la rentabilité réelle de cette transformation. Le succès de la transition dépendra de la capacité du pays à limiter plusieurs risques. Le premier concerne le manque de talents spécialisés, qui pourrait freiner l'exécution des projets. Le second touche à la dépendance énergétique et télécom des infrastructures, avec des effets possibles sur la continuité des services et les coûts d'exploitation. Le troisième risque est celui de la cybersécurité. L'intensification des menaces peut rapidement devenir un coût direct pour les entreprises et fragiliser la confiance numérique. Or, sans confiance, les paiements, les services en ligne et les flux de données perdent une partie de leur efficacité économique.
Au final, la Côte d'Ivoire dispose d'atouts réels pour faire de la tech un moteur de compétitivité et de croissance. Pour les analyses, la transformation ne sera durable que si les investissements sont bien exécutés, si les compétences suivent, et si l'écosystème parvient à convertir les ambitions stratégiques en résultats mesurables.
Anselme Akéko
Publié le 08/06/26 15:09
La Rédaction
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