L'immigration entre pays africains est associée à une amélioration du compte courant, à un renforcement des échanges commerciaux et à une évolution favorable de la structure démographique. Une étude de la Banque africaine de développement (BAD), menée sur 52 pays entre 1990 et 2019, chiffre ces relations et plaide pour une circulation plus fluide des personnes sur le continent.
Et si la libre circulation des Africains constituait aussi un levier de rééquilibrage économique ? Longtemps abordée sous l'angle social et migratoire, la mobilité intra-africaine pourrait également contribuer à consolider les comptes extérieurs des économies du continent.
C'est la conclusion de l'étude ‘'Intra-African Immigration and Africa's External Performance'', menée par les auteurs Hammed Amusa, Blaise Gnimassoun et Anthony Simpasa, à partir d'estimations économétriques couvrant près de 3 décennies.
Un effet positif sur les équilibres extérieurs
Sur la base d'une méthodologie visant à mieux isoler la relation entre immigration et performances extérieures, les auteurs trouvent une association positive entre l'immigration intra-africaine et le solde du compte courant. Dans leurs estimations par variables instrumentales, les coefficients s'échelonnent de 0,786 à 0,933, avec une significativité statistique au seuil de 1% dans les spécifications présentées.
Le lien apparaît également dans la balance commerciale, qui mesure l'écart entre les exportations et les importations de biens. Les coefficients estimés varient de 1,637 à 2,023. Pour les seuls échanges intra-africains, ils se situent entre 1,061 et 1,437, avec une significativité au seuil de 1%. Les résultats concernant la balance commerciale avec les pays extérieurs au continent sont, eux, plus variables selon les modèles, avec des coefficients compris entre 0,750 et 1,473.
Ces valeurs étayent la conclusion générale des chercheurs, à savoir que l'immigration intra-africaine est associée à de meilleures performances commerciales et extérieures.
Le commerce régional gagne en poids relatif
L'étude relève aussi une relation négative entre l'immigration intra-africaine et deux indicateurs : la part relative du commerce avec les pays hors d'Afrique et le rapport entre les échanges extra-africains et intra-africains. Les coefficients sont statistiquement significatifs au seuil de 1% dans les spécifications complètes présentées par les auteurs.
Cette relation suggère que la mobilité régionale accompagne une intégration commerciale plus poussée. Elle ne signifie toutefois pas nécessairement que les échanges avec le reste du monde diminuent en valeur absolue.
La structure du commerce continental souligne l'importance de cet enjeu. Entre 2016 et 2022, les matières premières ont représenté 81% des exportations africaines vers le reste du monde, tandis que les produits manufacturés ont constitué 66% des importations extra-africaines.
Dans les échanges entre pays africains, les matières premières ont compté pour 55%, contre 45% pour les produits manufacturés. Ces données, qui portent sur une période distincte de l'échantillon économétrique, mettent en évidence une différence de composition entre les échanges régionaux et ceux réalisés avec le reste du monde.
Un dividende démographique mesurable
La mobilité africaine est également associée à une évolution de la structure de la population. Dans les estimations de la BAD, les coefficients relatifs au ratio de dépendance sont compris entre −0,682 et −0,612, tandis que ceux portant sur la part relative de la population en âge de travailler vont de 0,225 à 0,253. Les deux relations sont statistiquement significatives au seuil de 1%.
Le ratio de dépendance rapporte généralement la population considérée comme dépendante à celle en âge de travailler. Sa diminution relative, conjuguée à une part plus élevée de personnes en âge d'activité, peut élargir le bassin de main-d'œuvre disponible. Mais cet avantage potentiel dépend de la capacité des économies à créer des emplois, à valoriser les compétences et à intégrer les travailleurs dans les circuits productifs.
Lever les obstacles à la mobilité
Pour convertir ces relations statistiques en bénéfices économiques durables, les auteurs préconisent une mise en œuvre plus effective du protocole de l'Union africaine sur la libre circulation des personnes.
Ils recommandent également d'investir dans les infrastructures de transport et de communication, de simplifier les formalités aux frontières, d'harmoniser les politiques migratoires et de renforcer la coopération sécuritaire, notamment grâce à l'identification biométrique.
Publié le 19/10/26 10:37
Dr Ange Ponou
SN
CEMAC