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Infrastructures en Afrique : Face à un déficit de 150 milliards USD/an, la BAD et Africa50 plaident pour la valorisation des actifs publics

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En marge des Assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), les décideurs africains ont remis sur la table un levier encore sous exploité : le recyclage des actifs publics. Derrière cette mécanique financière, une ambition claire consiste à convertir routes, ports, aéroports ou infrastructures énergétiques déjà matures en nouvelles capacités d'investissement.

Face à une équation budgétaire de plus en plus tendue, marquée par l'alourdissement de la dette publique et la contraction des marges de manœuvre fiscales, la plateforme Africa50 et la BAD défendent une approche jugée plus durable pour financer les infrastructures stratégiques du continent.

L'enjeu est colossal. Selon les estimations rappelées lors de la table ronde organisée à Brazzaville ce 25 mai autour du thème : ‘'Transformer les actifs publics en capital : débloquer le potentiel de recyclage des actifs en Afrique'', le déficit annuel de financement des infrastructures africaines atteint près de 150 milliards de dollars. Dans ce contexte, plusieurs ministres et dirigeants d'institutions financières ont plaidé pour une mobilisation plus intelligente des actifs détenus par les États.

‘'Le recyclage des actifs est essentiel'', a affirmé Sidi Ould Tah. Le président de la BAD estime que ce mécanisme offre aux gouvernements ‘'un moyen concret de valoriser des actifs publics arrivés à maturité, d'attirer des capitaux privés ainsi que de l'expertise, et de réinvestir les recettes générées dans de nouvelles infrastructures prioritaires''.

Même tonalité du côté de Alain Ebobissé, directeur général d'Africa50, pour qui le débat ne porte plus sur l'opportunité du recyclage des actifs, mais sur les conditions de sa mise en œuvre. ‘'Il convient de déterminer comment les recycler de manière transparente, et plus utilement'', a-t-il insisté.

Le Sénégal apparaît déjà comme un laboratoire potentiel de cette stratégie. Selon Abdourahmane Sarr, ministre sortant de l'Economie, du Plan et de la Coopération, un inventaire récent a révélé que près de 40% des actifs publics du pays pourraient être recyclés afin d'alléger substantiellement le déficit budgétaire et la dette souveraine. Une piste sensible alors que la dette publique sénégalaise avoisine désormais 120% du PIB.

La Côte d'Ivoire entend également accélérer sa stratégie d'attractivité. Souleymane Diarrassouba, ministre du Plan et du Développement, a mis en avant le rôle potentiel du fonds souverain ivoirien comme instrument de financement des grands projets d'infrastructures.

Au-delà des États, les institutions financières régionales veulent aussi prendre part au mouvement. La Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA) s'est dite ouverte à des partenariats avec le secteur privé afin d'accompagner les pays africains dans de nouveaux mécanismes de mobilisation des ressources.

Pour les participants, une ligne rouge demeure néanmoins incontournable : les recettes issues du recyclage des actifs ne doivent pas servir à combler les déficits courants, mais à alimenter des investissements productifs capables de soutenir durablement la croissance, l'intégration régionale et l'emploi.

Publié le 26/05/26 19:11

Dr Ange Ponou

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