Jean-Marc SAVI de TOVE d'ADIWALE Partners : " En Afrique, les banques connaissent un succès indéniable, mais doivent encore se réinventer "

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Jean-Marc SAVI de TOVE, cofondateur de ADIWALE Partners :

 En Afrique, les banques connaissent un succès indéniable, mais doivent encore se réinventer 


" Il est difficile de se remettre en cause quand tout va bien ", estime Jean-Marc SAVI de TOVE, parlant d'un secteur bancaire africain en forte croissance mais qui peine à répondre aux besoins de financement des agents économiques. Cofondateur d'ADIWALE Partners, société de gestion de fonds de private equity basée à Abidjan, il est un bon connaisseur de l'écosystème entrepreneurial régional qu'il scrute assidûment depuis une dizaine d'année, en quête des PME à fort potentiel de croissance.  

Auréolé d'une riche expérience de près de 25 ans dans le capital-investissement et les marchés de capitaux en Afrique, aux Etats-Unis et en Europe - il a notamment travaillé pour Crédit Lyonnais Americas et CDC Group (maintenant British International Investment) - Jean-Marc SAVI de TOVE dresse les grands traits de la banque telle qu'elle devrait être pour mieux épouser les défis actuels des économies africaines.  

  

Ces dernières années, l'on a observé de grands groupes bancaires amorcer leur retrait du continent, on parlera par exemple de BNP Paribas, alors qu'émergent des groupes à capitaux africains. Quelle lecture faut-il en faire ? 

 

 En Afrique, les banques connaissent un succès indéniable, mais doivent encore se réinventer 

Le développement rapide des groupes régionaux, d'origine nigériane, marocaine ou plus locale telle Ecobank ou Coris Bank a poussé à plus de concurrence effective. Cela a fait baisser les taux d'intérêt et forcé les banques qui étaient dirigées à l'ancienne à se replier, surtout après la crise de 2008 où il fallait s'assurer de ne pas trop investir loin de ses bases. C'est ainsi, je pense, que les banques françaises ont effectué un retrait progressif, d'autant que certaines n'avaient pas formé de cadres africains capables de les faire évoluer dans l'appréciation des risques. J'ai l'impression que Société Générale est la banque française qui a le plus résisté dans notre région. Quelques banques anglo-saxonnes telles Barclays ont connu le même phénomène dans les pays anglophones du continent. 

  Les banques à capitaux africains doivent anticiper et gérer les inéluctables problèmes de gouvernance qui surviennent lorsque l'on croît vite. 

La lecture en est simple et relativement positive : les décisions d'octroi de crédit proviennent de décisions plus endogènes, donc un accès plus facile à l'information sur le client, et dont la lecture ne sera pas biaisée par un analyste crédit basé à Paris, Londres ou ailleurs. Cela dit, les banques à capitaux africains doivent anticiper et gérer les inéluctables problèmes de gouvernance qui surviennent lorsque l'on croît vite. 

Que devrait-on attendre des banques et établissements financiers à capitaux africains en termes d'impact sur nos entreprises et nos économies ?  

Les banques africaines sont en forte croissance, et se targuent d'ailleurs chaque année de la croissance de leur bilan et de leurs résultats. 

Mais on se rend compte aussi que les attentes des entreprises de la place, notamment les PME, sont quand même de plus en plus grandes, ce qui sous-tend que les besoins ne sont pas toujours assouvis, au contraire. Une situation qui pousse à de nombreuses initiatives ici et là, du type " La Finance s'engage " en Côte d'Ivoire. Cela veut dire que les banques n'arrivent pas à suivre le rythme, elles doivent adapter leur financement au type de client et donc finalement se réinventer, alors qu'elles connaissent un succès indéniable. 

Il est difficile de se remettre en cause quand tout va bien. C'est uniquement dans des pays émergents que l'on retrouve des banques qui connaissent un grand succès, mais doivent se réinventer rapidement pour ne pas être dépassées en très peu de temps. Pour faire face à la croissance démographique et à la croissance économique, plusieurs actions s'imposent aux groupes bancaires : augmentation des capitaux propres, renforcement des procédures internes pour faire plus de business tout en ne franchissant pas la ligne jaune des contraintes réglementaires, qui elles-mêmes évoluent vite, mobile money et services non bancaires, etc. Les banques qui vont gagner sont celles qui vont arriver à considérer le client comme étant le centre de leur vie, et celles qui vont mieux faire " tourner leur argent " que leurs consœurs. On se rend compte que les banquiers à l'ancienne, qui sont plus motivés par le taux de rejet que le nombre de dossiers approuvés chaque jour sont en voie de disparition. 

Avec l'intensification de la concurrence, on devrait s'attendre à ce que nos entreprises soient mieux financées, donc aient des financements plus adaptés à leurs besoins. Ce serait le signe indéniable que le système est en train de progresser aussi en qualité, et pas seulement en volume. En plus des volumes et de la qualité des prêts, il y a lieu de s'assurer que les ratios de crédit rapportés à la taille du PIB augmentent substantiellement. 

Au-delà, quels sont les défis que doit relever le secteur bancaire pour améliorer ses offres et répondre aux attentes du secteur productif ? 

Quelques pistes d'amélioration. Un sujet pénalisant pour le bon octroi du crédit, c'est le fait que les banques prennent peut-être trop de risques en se focalisant autant sur les garanties, notamment immobilières, et pas assez sur l'analyse des cash flows futurs. De façon insidieuse, cette pratique peut limiter substantiellement la capacité des banques à produire une analyse différenciée du risque et donc un pricing adéquat. 

Des mauvais prêts couverts par des garanties à 100% n'en font pas de bons prêts. Les grandes entreprises, plus à même de négocier, ainsi que les " amis " sont ceux qui bénéficient des meilleures conditions d'emprunts, alors que ce sont les entreprises les plus prometteuses et ayant des fondamentaux solides qui devraient en bénéficier. 

Enfin, lorsqu'un entrepreneur doit donner des garanties personnelles pour obtenir des prêts pour son entreprise, il devient difficile de demander à cet entrepreneur de ne pas confondre sa poche et les comptes de l'entreprise. De façon générale, une analyse plus poussée du client, de son secteur, des sujets de gouvernance éliminerait beaucoup plus de mauvais clients et réduirait de facto le coût du risque. 

 (...) ce sont les entreprises les plus prometteuses et ayant des fondamentaux solides qui devraient en bénéficier. 
 (...) les banques prennent peut-être trop de risques en se focalisant autant sur les garanties, notamment immobilières, et pas assez sur l'analyses des cash flows futurs. 

Ensuite, la mobilisation de l'épargne locale reste faible. C'est ce qui explique probablement l'initiative du Salon de l'Epargne sponsorisé par des banques de la place. Historiquement, les banques ont pu penser que l'asset management était une activité concurrente de la leur. L'on sait pourtant, en regardant des marchés plus matures que lorsque la gestion d'actifs offre une rentabilité meilleure que le rendement des DAT, cela permettrait à moyen et long terme de mobiliser encore plus d'épargne. Cela a donc un effet bénéfique pour la banque commerciale. 

Prenons l'exemple du capital investissement. De nombreuses banques et compagnies d'assurance en Europe et aux Etats-Unis ont trouvé des relais de croissance dans la création des activités de gestion d'actifs, permettant à leurs clients de mieux placer leur épargne. 

 

Retrouvez la suite de l'interview dans le dernier numéro de votre magazine Sika Finance disponible en téléchargement gratuit en cliquant sur la une ci dessous. 

 

 

Jean Mermoz Konandi

Publié le 13/06/22 10:08

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