menu mobile
L’information économique au cœur des marchés africains

L'Afrique peut-elle décrocher 1 000 milliards USD grâce à l'IA ? " Oui, mais... ", répond la Banque mondiale

BRVMC0000000 - BRVMC
La BRVM Ouvre dans 15h26min

L'économie d'Afrique subsaharienne parviendra-t-elle à accélérer son pas en 2026 tout en affrontant une succession de chocs mondiaux ? Derrière la réponse nuancée de la Banque mondiale, une certitude se dégage : sans une transformation numérique profonde et une intégration réussie de l'IA dans les processus productifs, l'élan actuel risque de s'essouffler.

De fait, l'Afrique subsaharienne fait preuve d'une solide résistance économique. Selon le rapport "État des lieux de l'économie africaine : Poser les fondations pour l'IA", publié en octobre 2026 par le Groupe de la Banque mondiale, la progression du PIB régional devrait atteindre 4,3 % en 2026, contre 4,1 % en 2025.

Cette croissance s'explique par la hausse des échanges commerciaux mondiaux et par le redressement des pays qui vendent du pétrole et des minerais. Dans la région, une meilleure gestion de l'argent public a permis de réduire le déficit des États à 0,5 % du PIB en 2025, avec pour objectif de rééquilibrer les budgets d'ici 2028.

Cependant, cette amélioration se ressent peu dans le quotidien des habitants. Le revenu moyen par personne n'augmente que de 1,8 % en 2026, ce qui est trop faible pour faire baisser la pauvreté. Le taux d'extrême pauvreté reste très élevé : il passe de 47,8 % en 2026 à 47,1 % en 2027 (soit moins de 3 dollars par jour et par personne). Et comme la population grandit vite, le nombre total de personnes très pauvres continue d'augmenter.

Le poids de la dette

Si la dette publique s'est stabilisée à 57 % du PIB en 2025, son remboursement pèse lourdement sur les finances. Selon la Banque mondiale, le service de la dette extérieure absorbe entre 1,6 et 1,7 % du PIB depuis 2021. De plus, le paiement des seuls intérêts représente entre 2,9 et 3,2 points de pourcentage des dépenses publiques sur la période 2023-2026. Toutes choses ayant pour conséquence de priver les États de moyens financiers pour investir.

À cela s'ajoute une remontée des tensions sur les prix : le taux d'inflation moyen passe de 3,7 % en 2025 à 5,5 % en 2026, surtout à cause des difficultés dans l'énergie et les transports. Dans le même temps, l'aide financière internationale accordée par les pays riches baisse fortement, enregistrant une chute de 16 à 28 % en 2025. Enfin, les dérèglements climatiques extrêmes comme le phénomène El Niño menacent les récoltes et l'alimentation de près de 49 millions de personnes de plus dans le monde.

Potentiel colossal de l'IA

Face à ces contraintes, l'intelligence artificielle (IA) se présente comme un moteur de transformation de portée inédite. Dans un scénario d'exploitation intégrale et très ambitieux de la Banque mondiale, l'IA pourrait apporter jusqu'à 1000 milliards USD supplémentaires au PIB de l'Afrique d'ici à 2035.

Cette création de valeur permettrait la création de 35 à 40 millions d'emplois numériques tout en générant environ 150 milliards USD de recettes fiscales annuelles pour les administrations publiques. La demande mondiale d'infrastructures numériques soutient déjà les pays africains producteurs de minéraux critiques comme le cuivre, le cobalt, le nickel, le manganèse ou le platine. Avec ce potentiel théorique, le scénario idéal fait rêver. Mais la réalité du terrain montre un décalage flagrant.

Fondations fragiles

A en croire les rapporteurs, le niveau de préparation actuel du continent conduit à des estimations bien plus modestes. L'intégration de l'IA ne devrait ajouter que 0,2 à 4 % au PIB cumulé de l'Afrique subsaharienne au cours de la prochaine décennie.

Pour expliquer cette fragilité, la Banque pointe d'importantes lacunes d'infrastructures. Plus de 900 millions d'Africains ne disposent toujours pas d'un accès à Internet. Le continent rassemble 18 % de la population mondiale, mais ne détient que 0,6 % de la capacité mondiale des datacenters. De plus, à peine 5 % de ces installations sont prêtes à traiter les charges de travail liées à l'IA.

Qui plus est, 2 % seulement des données d'entraînement utilisées dans le monde proviennent d'Afrique, clairement illustré par le fait que le swahili ne compte que 710 jeux de données sur la plateforme Hugging Face, contre plus de 88 000 pour l'anglais.

Adoption inégale

Autre inquiétude, l'adoption de l'IA reste très inégale. Au début de 2026, l'usage de l'IA générative chez les actifs varie de 7,2 % au Rwanda à 23,1 % en Afrique du Sud, restant sous les 10 % dans 16 pays. Dans les grandes entreprises, l'utilisation atteint 44 % au Kenya et au Nigeria, contre 61 % aux États-Unis.

Dans le secteur public, l'usage demeure élémentaire : 90,8 % des projets recensés gèrent des tâches administratives internes, 88,9 % s'appuient sur des modèles prédictifs simples et seulement 1,4 % exploitent l'IA générative. Sur le marché du travail, l'exposition directe des emplois à l'automatisation reste faible (2,6 % des postes contre 14,2 % dans les pays riches). En revanche, le potentiel d'aide et de complémentarité atteint 15,2 %, mais il exige un accès Internet fiable.

Des applications pratiques

Pour obtenir des progrès réels, la priorité n'est pas de créer des modèles géants très coûteux, mais d'adopter des applications simples et accessibles. Selon le rapport de la Banque mondiale, des initiatives locales réussissent déjà : au Ghana, le service Darli AI de Farmerline a aidé 110 000 agriculteurs dans plus de 27 langues en 8 mois, tandis qu'au Kenya, M-Shule améliore l'apprentissage de la lecture chez les élèves.

Pour étendre ces résultats, les États doivent renforcer la confiance et les règles. Si 39 pays ont adopté des lois sur la protection des données et 45 sur la cybersécurité, la région n'obtient qu'un score moyen de 41,6 sur 100 pour la gouvernance selon l'indice d'Oxford (contre 52,6 dans le monde). Selon la Banque mondiale, la coopération régionale via la ZLECaf permettra de partager les coûts informatiques, les compétences et les marchés. Dès lors, les États africains réussiront-ils à transformer ces chantiers régulateurs et technologiques en leviers concrets pour capter pleinement les 1000 milliards USD promis par l'IA ? L'avenir le dira.

Anselme Akéko

Publié le 07/10/26 16:46

La Rédaction

SOYEZ LE PREMIER A REAGIR A CET ARTICLE

Pour poster un commentaire, merci de vous identifier.

FE-7lwpY_NkrBDzUx2RIM9AM4jGVqK3C5dQfa9JqUps False