A Brazzaville, la signature, ce 28 mai, d'un cadre de partenariat entre la Banque africaine de développement (BAD) et le Nigeria marque une nouvelle étape dans l'ambition continentale de refondation du transport aérien africain, en marge des Assemblées annuelles de l'institution panafricaine.
Au cœur de cette initiative figure le Programme intégré de transformation de l'aviation en Afrique (IATP), porté par la BAD, avec un objectif affiché de mobilisation de 7 milliards de dollars sur 5 ans.
Pour la banque multilatérale, l'enjeu dépasse largement le seul secteur aérien. ‘'Le tourisme ne peut pas éclore s'il n'y a pas d'aviation'', a insisté Salawou Mike Moukaila Bamidele, directeur de l'infrastructure et du développement urbain à la BAD. Selon lui, le transport aérien constitue désormais un levier transversal pour l'agriculture à forte valeur ajoutée, la santé, la logistique régionale ou encore le commerce intra-africain.
Le choix du Nigeria n'a rien d'anodin. Première puissance démographique du continent et principal marché domestique africain pour l'aviation, le pays concentre à lui seul près de la moitié du trafic aérien circulant dans le ciel africain. Abuja entend désormais convertir cet avantage structurel en plateforme régionale de connectivité, de financement et de logistique aérienne pour l'Afrique de l'Ouest.
Le partenariat signé avec la BAD vise précisément à accélérer cette mutation. Trois axes stratégiques ont été retenus : l'amélioration des politiques sectorielles et des compétences, la modernisation des infrastructures et de la logistique, ainsi que le renforcement des compagnies aériennes et des capacités industrielles locales.
Dans le détail, les investissements prioritaires concernent la modernisation des aéroports, les infrastructures de fret, les systèmes de navigation aérienne, la formation aéronautique, les carburants d'aviation durables, ainsi que le développement des capacités nationales de maintenance, réparation et révision des appareils.
Le constat dressé par la BAD reste sévère. Le secteur aérien africain souffre encore d'une forte fragmentation réglementaire, d'un déficit chronique d'infrastructures et d'un accès limité aux financements. ‘'Le ciel africain n'est pas ouvert à tout le monde'', a rappelé Salawou Mike Moukaila, évoquant des restrictions persistantes entre États africains malgré les ambitions de libéralisation portées par l'Union africaine.
La question du financement apparaît comme le principal verrou. Pour y répondre, la BAD prévoit de mobiliser des mécanismes innovants de partage des risques afin d'encourager les banques commerciales à financer les compagnies aériennes africaines. L'institution veut notamment jouer un rôle de catalyseur grâce à des garanties et des fonds concessionnels capables d'absorber les premières pertes.
‘'Nous voulons créer un marché nouveau où les banques commerciales ne veulent pas aller'', a expliqué le responsable de la BAD. L'objectif affiché est ambitieux : générer un effet de levier de 1 à 10 afin d'attirer massivement les capitaux privés vers le secteur.
Le lancement du partenariat a d'ailleurs déjà enregistré un premier signal fort avec l'annonce par le Japon d'une contribution de 10 millions de dollars destinée à soutenir ces mécanismes de partage du risque.
La BAD entend désormais reproduire ce modèle à l'échelle continentale. Plusieurs projets sont déjà en cours en Côte d'Ivoire, en Éthiopie, au Sénégal, au Togo ou encore en Tanzanie. L'institution finance notamment le futur aéroport international de Bishoftu en Éthiopie, un projet estimé à près de 12 milliards de dollars, pour lequel elle ambitionne de mobiliser environ 8 milliards de dollars de dette.
Au-delà des infrastructures, le programme s'inscrit dans une logique d'intégration africaine. Les réformes régionales, notamment sur la fiscalité des billets d'avion et l'ouverture du ciel africain, constituent désormais un volet central de la stratégie. La CEDEAO a déjà amorcé un mouvement en réduisant certaines taxes aériennes appliquées dans la région.
À travers ce pacte, le Nigeria et la BAD affichent ainsi une ambition forte, celle de faire de l'aviation un accélérateur de souveraineté économique et d'intégration régionale sur le continent.
Publié le 29/05/26 09:22
Dr Ange Ponou
SN
CEMAC