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La Côte d’Ivoire table sur la transformation locale du gaz naturel pour renforcer sa souveraineté énergétique

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À Washington, lors des réunions de printemps de la Banque mondiale, le débat sur le rôle du gaz en Afrique a pris une tonalité particulière. Non pas seulement technique ou financière, mais résolument politique.

En prenant la parole, Mamadou Sangafowa Coulibaly a posé d'emblée le cadre : celui d'un continent confronté à un paradoxe énergétique persistant, malgré l'abondance de ses ressources.

Un paradoxe énergétique devenu insoutenable

" Qui aurait cru, il y a encore quelques années, que nous serions ici, à la Banque mondiale, en train de discuter du rôle du gaz pour l'Afrique ? ", a interrogé le ministre ivoirien, soulevant des exclamations d'approbation dans une salle qui réunissaient décideurs politiques et acteurs privés dont des majors pétrolières.

Derrière cette remarque, une évolution majeure : la reconnaissance progressive du gaz comme énergie de transition pour le continent, dans un contexte de pression croissante sur les systèmes énergétiques.

Les chiffres rappelés par le ministre sont sans équivoque : environ 120 milliards de barils de pétrole et 650 trillions de pieds cubes de gaz. Pourtant, entre 70 % et 80 % du pétrole africain est exporté brut, avant d'être réimporté sous forme raffinée, à des coûts nettement plus élevés. Le gaz suit une trajectoire similaire, avec plus de la moitié de la production destinée à l'export.

Dans le même temps, la demande énergétique explose. Elle est tirée à la fois par la croissance démographique, l'industrialisation progressive, mais aussi par de nouveaux usages liés à la transition numérique, data centers, intelligence artificielle, particulièrement énergivores.

" Nous faisons face à un déficit énergétique criard alors même que la demande, locale comme mondiale, ne cesse d'augmenter ", a-t-il résumé.

Le choix ivoirien : prioriser le marché domestique

Face à ce déséquilibre, la Côte d'Ivoire a fait un choix stratégique : rompre avec une logique d'exportation systématique pour privilégier la transformation locale. " En Côte d'Ivoire, tout le gaz découvert jusqu'ici a été utilisé pour produire de l'électricité ", a insisté le ministre.

Ce positionnement s'explique par une dynamique de demande particulièrement soutenue. La consommation d'électricité progresse de 10 % à 15 % par an, portée à la fois par les besoins domestiques et par ceux des pays voisins, connectés au réseau ivoirien. Mais cette croissance rapide a un revers : elle crée une tension structurelle sur l'approvisionnement en gaz.

Calao, ou le potentiel d'un changement d'échelle

La donne pourrait toutefois évoluer rapidement grâce à de nouvelles découvertes majeures. Le gisement Calao, en particulier, constitue un tournant. Avec des réserves estimées à environ 5 trillions de pieds cubes, il représente à lui seul un levier capable de transformer le paysage énergétique ivoirien. " C'est suffisant pour multiplier par trois notre production d'énergie sur les prochaines années ", a affirmé le ministre.

Au-delà des chiffres, l'enjeu est stratégique : sécuriser durablement l'approvisionnement énergétique national, tout en consolidant le rôle de la Côte d'Ivoire comme fournisseur régional d'électricité.

Mais entre le potentiel géologique et la réalité énergétique, l'écart reste considérable. Le développement du gaz nécessite en effet une chaîne d'infrastructures complexe et capitalistique : pipelines pour acheminer la ressource vers la côte, unités de traitement pour extraire le méthane, réseaux de transport pour alimenter les centrales thermiques. " Nos besoins immédiats sont clairs : des pipelines, des installations de traitement, et des infrastructures pour acheminer le gaz vers les centrales ", a détaillé le membre du gouvernement ivoirien.

Des investissements que Abidjan est engagé à mettre en avoir afin d'assurer son indépendance énergétique à partir de ses propres ressources. " Délibérément, je ne parle pas d'installations de liquéfaction pour l'exportation ", a souligné Mamadou Sangafowa Coulibaly. " Il faut d'abord satisfaire la demande nationale avant de liquéfier le surplus de gaz pour l'exportation. "

Ce choix ainsi traduit une volonté politique de faire de l'énergie un levier de transformation économique interne, plutôt qu'une simple source de devises. Autrement dit, le gaz n'est plus seulement une ressource à exporter, mais un outil au service de l'industrialisation.

Publié le 27/04/26 09:47

Jean Mermoz Konandi

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