La Communauté urbaine de Douala (CUD) a lancé, le 26 octobre 2026, un appel à manifestation d'intérêt pour recruter des entreprises susceptibles de financer, de construire et d'exploiter une ligne de tramway dans la capitale économique du Cameroun. Les candidatures sont attendues jusqu'au 25 février 2027.
Le projet repose sur un montage à capitaux majoritairement privés, qui confierait aux investisseurs le financement, la conception, la construction, l'exploitation et la maintenance de l'infrastructure. La ligne pilote doit relier l'échangeur de Bekoko au carrefour SCDP, à Ndongsimbi, en passant par le rond-point Deido, sur un parcours d'environ 20 km.
Pour concrétiser cette ambition, la CUD cible " les groupements associant un constructeur ou intégrateur de systèmes ferroviaires, un opérateur expérimenté et un partenaire financier ". Cette configuration vise à attirer des consortiums internationaux réunissant des spécialistes du rail, des exploitants de réseaux de transport et des investisseurs capables de mobiliser des financements sur une longue période.
La municipalité table sur une fréquentation de 750 000 voyageurs par jour, sur un itinéraire où les déplacements quotidiens sont estimés à 1,5 million. Les rames devraient circuler toutes les quatre minutes aux heures de pointe, avec un tarif social inférieur à 500 FCFA. La concession envisagée est d'au moins 30 ans.
Des incitations pour convaincre les investisseurs
Pour convaincre les investisseurs, la CUD promet de faciliter leur accès aux incitations fiscales prévues par l'ordonnance du 18 juillet 2025 fixant les incitations à l'investissement au Cameroun. Dans son appel à manifestation d'intérêt, elle évoque notamment des exonérations de droits de douane sur le matériel roulant, ainsi que des avantages en matière de TVA et d'impôt sur les sociétés, sous réserve de l'agrément auprès de l'Agence de promotion des investissements et des conditions applicables.
L'engagement de la municipalité ne se limiterait toutefois pas aux avantages fiscaux et à la mise à disposition du corridor. Le communiqué prévoit une " autorisation exclusive d'occupation du linéaire pour une durée de 30 ans au moins + 5 ha pour le centre de remisage ". La CUD envisage également une éventuelle capitalisation des redevances d'exploitation, l'inscription d'une ligne budgétaire spécifique et des mécanismes de soutien plafonnés destinés à couvrir une partie du risque lié à la fréquentation.
L'approvisionnement électrique, un défi supplémentaire
Au-delà du financement et de la construction, la disponibilité de l'électricité constitue un autre enjeu pour le projet. Un tramway nécessite une alimentation électrique fiable pour assurer la régularité du trafic, notamment avec une fréquence annoncée de quatre minutes aux heures de pointe. Or, le Cameroun reste confronté à des perturbations récurrentes de son approvisionnement électrique, susceptibles de compromettre la continuité du service.
Cette difficulté avait déjà été prise en compte dans les versions précédentes du projet. En janvier 2019, le consortium belgo-turc Iristone-Ilci avait annoncé la construction d'une centrale électrique autonome dans la zone industrielle de Bonabéri. La production envisagée devait couvrir les besoins du tramway et permettre également d'alimenter des unités industrielles de la zone. Cette infrastructure énergétique figurait aussi dans les annonces faites en 2022 par le maire de Douala, Roger Mbassa Ndine.
L'appel à manifestation d'intérêt lancé en octobre 2026 ne précise pas si la centrale de Bonabéri est toujours envisagée, ni comment l'approvisionnement électrique sera garanti.
Un projet annoncé depuis 2011, mais toujours sans suite
Cette nouvelle tentative intervient après plus de quinze ans d'annonces et de relances. Le tramway de Douala figure dans le débat public depuis octobre 2011, lorsque Paul Biya, alors en campagne pour l'élection présidentielle, avait promis la mise en place d'un système de transport de masse par tramway, comprenant une ligne de 18 km.
En 2016, le projet a franchi une étape avec la signature d'un mémorandum d'entente entre la municipalité, la société belge Iristone Consulting et le groupe turc de BTP Ilci Holding. Les partenaires devaient travailler sur les études, le financement et la construction d'une ligne pilote. Mais cette initiative n'a pas débouché sur la réalisation de l'infrastructure.
Le dossier a été relancé en mars 2022 par le maire de Douala, Roger Mbassa Ndine, qui annonçait alors le démarrage des travaux en 2023. Cet échéancier n'a pas été respecté. Les informations publiées à l'époque faisaient état de procédures administratives et techniques prolongées pour expliquer les retards.
En 2024, la municipalité indiquait vouloir reprendre la maîtrise d'ouvrage du projet. Cette annonce n'a toutefois pas été suivie d'avancées publiques significatives, jusqu'au lancement du nouvel appel à manifestation d'intérêt en octobre 2026.
Claude Paul Tjeg
Publié le 29/10/26 02:14
La Rédaction
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CEMAC