menu mobile
L’information économique au cœur des marchés africains

Le Cameroun soigne son image à Londres avant une nouvelle offensive sur les marchés financiers internationaux

BRVMC0000000 - BRVMC
La BRVM Ouvre dans 14h24min

Le Cameroun a choisi Londres pour rassurer ses créanciers potentiels avant de retourner frapper à la porte des marchés financiers internationaux. Les 9 et 10 septembre 2026, une délégation conduite par le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a présenté aux investisseurs réunis dans le cadre d'un Market Sounding organisé avec le Commonwealth Enterprise and Investment Council, les fondamentaux économiques du pays, ses besoins de financement et son portefeuille de projets.

L'exercice n'avait rien d'une simple opération de communication. Il s'inscrit dans une démarche de préparation d'une nouvelle offensive sur les marchés internationaux. En allant à la rencontre des investisseurs avant de solliciter à nouveau leur argent, Yaoundé cherche à mieux comprendre leurs attentes, à répondre à leurs interrogations sur le risque camerounais et, surtout, à créer un climat de confiance susceptible de faciliter les prochaines opérations de financement. Il s'agissait également de recueillir leurs exigences en matière de garanties et d'identifier les instruments financiers les mieux adaptés au profil du pays.

Cette démarche intervient alors que le Cameroun dispose d'un portefeuille important de projets susceptibles de mobiliser des capitaux privés ou des financements structurés. Les secteurs présentés aux investisseurs couvrent notamment l'énergie, l'hydroélectricité, les transports, la logistique, l'agro-industrie, les mines et le numérique. Le pays met notamment en avant un potentiel hydroélectrique dépassant 12 GW.

Pour convaincre, les autorités ont également défendu la solidité relative des fondamentaux macroéconomiques. La croissance s'est maintenue autour de 3,5 % pour la troisième année consécutive, malgré le recul de l'activité pétrolière en 2025. L'économie non pétrolière représente désormais près de 98 % de l'activité nationale, tandis que le Cameroun pèse environ 44 % du PIB de la CEMAC. La dette publique, quant à elle, se situe autour de 44 % du PIB, bien en dessous du plafond communautaire fixé à 70 %.

Un besoin de financement loin d'être couvert

Le Cameroun a encore d'importants besoins de financement à couvrir. La loi de finances 2026 et le Budget citoyen 2026 évaluent à 3 104,2 milliards de FCFA les besoins de financement de l'État. Ceux-ci doivent notamment être couverts par des tirages sur prêts-projets compris entre 826,7 et 866,7 milliards de FCFA, des émissions de titres publics pour 400 milliards, un financement bancaire intérieur de 589,7 milliards et 167,8 milliards de financements exceptionnels.

Un décret du 21 janvier 2026 a autorisé le ministre des Finances à rechercher jusqu'à 1 000 milliards de FCFA sur les marchés financiers extérieurs au cours de l'année. Une première opération a permis de lever 750 millions de dollars le 30 janvier, soit environ 415 milliards de FCFA. Pour atteindre l'enveloppe autorisée, le Cameroun doit donc encore mobiliser environ 585 milliards de FCFA.

Ce reliquat pourrait être en partie couvert par une nouvelle opération actuellement en préparation. Selon la Conjoncture mensuelle de la dette publique à fin juin 2026 publiée par la Caisse autonome d'amortissement, le gouvernement prépare en effet un emprunt à composante environnementale, sociale et de gouvernance (ESG) de 690 millions de dollars, soit près de 400 milliards de FCFA. Une opération qui permettrait ainsi de réduire sensiblement le montant restant à mobiliser au titre du programme extérieur de 2026.

Mais la démarche de Londres ne se limite pas à cette échéance. Le Cameroun prépare déjà la suite. Selon le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme 2027-2029, le pays prévoit de rechercher à nouveau 1 000 milliards de FCFA de financements extérieurs en 2027.

La stratégie du Market sounding n'est  pas nouvelle. En 2025, Louis Paul Motaze avait déjà conduit une délégation d'experts gouvernementaux aux États-Unis puis en Angleterre dans le cadre d'un non-deal roadshow. Pendant trois jours, les autorités avaient rencontré des investisseurs à New York et à Boston afin de mieux faire connaître l'économie camerounaise, ses réformes et ses perspectives, tout en recueillant les préoccupations des opérateurs financiers.

Le ministre des Finances avait alors résumé la philosophie de cette démarche : " Il ne suffit pas de venir chercher de l'argent. Il faut également venir discuter avec ces investisseurs, leur faire savoir ce qui va, ce qui ne va pas. Eux-mêmes ont énormément de questions à poser, car on ne prête de l'argent qu'à ceux que l'on connaît. Si vous êtes connus, on vous fait beaucoup plus confiance. "

Publié le 14/09/26 17:01

La Rédaction

SOYEZ LE PREMIER A REAGIR A CET ARTICLE

Pour poster un commentaire, merci de vous identifier.

MoSr9ny95ZWrGFxzgj_qf8Yg9fzSr5Tlw0iABIRUfbM False