Depuis l'incendie de la Société nationale de raffinage (SONARA) en 2019, le Cameroun dépend davantage des importations pour satisfaire sa demande en produits pétroliers. Selon le ministère des Finances (MINFI), cette évolution a multiplié les opérateurs et complexifié le calcul des compensations liées aux prix administrés par l'État. Pour mieux maîtriser ces opérations, le gouvernement prépare la mise en service d'une application informatique destinée à suivre les cargaisons, à fiabiliser les calculs et à limiter les risques de pertes financières.
Au Cameroun, les prix à la pompe sont fixés par les pouvoirs publics. Or, les fluctuations des cours internationaux des produits pétroliers raffinés, du dollar et des coûts d'approvisionnement peuvent creuser l'écart entre le prix de revient des importations et le prix réglementaire de vente. Ces différentiels déterminent notamment les compensations susceptibles d'être supportées par les finances publiques ou, à l'inverse, les sommes à reverser à l'État.
Pour mieux encadrer ces flux financiers, la Direction générale du budget (DGB) entend centraliser les informations relatives aux opérations d'importation. " Cette centralisation garantit non seulement la sécurité des informations, mais aussi leur disponibilité immédiate pour les prises de décisions budgétaires ", indique le communiqué publié le 29 octobre 2026 par le ministère des Finances.
Des écarts de prix aux risques budgétaires
L'un des principaux enjeux de ce dispositif est de distinguer avec précision les manques à gagner des trop-perçus. Un manque à gagner apparaît lorsque le coût réel d'approvisionnement d'un importateur dépasse le prix de cession réglementaire auquel il doit vendre le carburant. Dans ce cas, les recettes tirées de la vente ne couvrent pas nécessairement les dépenses engagées, ce qui peut ouvrir droit à une compensation de l'État.
À l'inverse, lorsque le coût réel d'approvisionnement est inférieur au prix réglementaire de vente, un trop-perçu peut se dégager. Pour les carburants blancs, notamment l'essence et le gasoil, le surplus correspondant est destiné au Trésor public, conformément aux règles applicables à la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH). L'enjeu budgétaire consiste donc à calculer correctement ces écarts, à régler les compensations effectivement dues aux importateurs et à recouvrer les sommes qui reviennent à l'État.
Les données relatives aux importations de janvier 2024 illustrent l'importance de ces calculs. Selon les chiffres communiqués par le ministre de l'Eau et de l'Énergie, deux cargaisons de gasoil de 10 000 tonnes chacune ont généré des manques à gagner respectifs de 569 millions et de 1 milliard de FCFA.
Pour des volumes identiques, l'écart entre les deux montants atteint ainsi 431 millions de FCFA. Cette différence souligne l'incidence des conditions d'achat et d'approvisionnement sur le coût final du produit et, par conséquent, sur le montant de la compensation éventuellement due.
Les écarts varient également selon le type de carburant et le lieu de débarquement. En février 2024, les calculs fondés sur les structures réglementaires des prix faisaient ressortir, à Douala, un surplus de 45,8 FCFA par litre d'essence et de 14,1 FCFA par litre de gasoil. À Limbé, le surplus atteignait 22,9 FCFA par litre pour l'essence, tandis que le gasoil enregistrait un manque à gagner de 13,7 FCFA par litre.
C'est pour mieux maîtriser ces opérations que l'application en préparation doit couvrir plusieurs étapes de la chaîne d'importation. Elle intégrera " la gestion des appels d'offres, les processus d'adjudication et la réception effective des produits ", tout en centralisant les données nécessaires au calcul précis des manques à gagner et, le cas échéant, des trop-perçus, précise le communiqué du MINFI.
Claude Paul Tjeg
Publié le 29/10/26 17:24
La Rédaction
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