Le compte à rebours est lancé pour le Cameroun. Réuni à Paris, le Groupe d'action financière (GAFI), l'organisme intergouvernemental chargé de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, a publié, le 19 juin, une nouvelle évaluation de la situation du pays. Selon l'institution, Yaoundé a enregistré des avancées sur plusieurs dossiers, mais doit encore franchir plusieurs étapes avant d'espérer être retiré de la liste grise des juridictions faisant l'objet d'une surveillance renforcée.
" Depuis juin 2023, date à laquelle le Cameroun a pris un engagement politique de haut niveau pour travailler avec le GAFI et le GABAC afin de renforcer l'efficacité de son dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, le pays a pris des mesures pour améliorer son régime de LBC/FT. Il a notamment démontré une augmentation de la diffusion de rapports de renseignement afin de soutenir les besoins opérationnels des autorités compétentes et a accordé la priorité à la saisie et à la confiscation des avoirs aux frontières ", indique le communiqué.
Ces avancées n'ont toutefois pas suffi à convaincre l'institution basée à Paris de lever sa surveillance. Le GAFI demande au Cameroun de " poursuivre la mise en œuvre de son plan d'action afin de remédier à ses déficiences stratégiques ", notamment en renforçant la supervision fondée sur les risques des banques, en améliorant le contrôle des institutions financières non bancaires ainsi que des entreprises et professions non financières désignées, en sécurisant les échanges d'informations entre la Cellule de renseignement financier, les entités déclarantes et les autorités compétentes, et en consolidant les mécanismes de saisie et de confiscation des avoirs criminels.
L'organisme appelle également le pays à démontrer " une mise en œuvre effective des régimes de sanctions financières ciblées liés au financement du terrorisme et au financement de la prolifération, et à appliquer une approche fondée sur les risques aux organisations à but non lucratif, sans perturber leurs activités légitimes ".
Au terme de son évaluation, le GAFI souligne que " le Cameroun a continué à progresser dans la mise en œuvre de son plan d'action. Toutefois, tous les délais fixés sont désormais expirés et des travaux restent à accomplir ". L'institution " encourage donc le Cameroun à poursuivre, dans les meilleurs délais, la mise en œuvre de son plan d'action afin de remédier aux déficiences stratégiques susmentionnées ".
Une année décisive pour Yaoundé
À Yaoundé, les autorités avaient déjà pris la mesure de ce retard. Lors de la session du Comité de coordination des politiques nationales de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, tenue le 20 février 2026, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, avait annoncé la préparation du septième rapport de suivi destiné au GAFI. Les données présentées à cette occasion montraient que seulement 46 % des mesures recommandées avaient été exécutées à l'échéance initialement fixée pour 2025.
Les insuffisances identifiées portaient notamment sur l'absence d'une supervision fondée sur les risques dans certaines professions non financières, l'insuffisance des mécanismes de sanctions et le caractère encore inachevé du dispositif national de sanctions financières ciblées.
Conscient de ces retards, le gouvernement a élargi le chantier à plusieurs administrations, parmi lesquelles la Direction générale des douanes, à laquelle des missions spécifiques ont été confiées. Il s'agit notamment de renforcer les contrôles aux frontières, d'intensifier les saisies de devises, d'identifier les liens entre les réseaux criminels et de renforcer la coopération avec la Cellule nationale de traitement des informations financières.
Dans cette dynamique, le Cameroun a également sollicité l'appui du Fonds monétaire international (FMI). Depuis février 2026, des experts de l'institution accompagnent la Commission nationale consultative sur le gel administratif, l'organe chargé de mettre en œuvre les sanctions financières ciblées.
Parallèlement, plusieurs mesures ont été prises aux niveaux régional et national, avec l'adoption du règlement de la CEMAC sur les sanctions financières ciblées, l'installation officielle des membres de la Commission nationale consultative sur le gel administratif et la mise en service d'une plateforme nationale destinée à diffuser les listes des personnes et organisations faisant l'objet de sanctions.
Ces différents chantiers devraient être déterminants pour permettre au Cameroun de convaincre le GAFI qu'il a comblé ses lacunes stratégiques et, à terme, d'obtenir sa sortie de la liste grise, un enjeu majeur pour son attractivité financière et sa réputation auprès des investisseurs internationaux.
Perton Biyiha
Publié le 25/06/26 11:42
La Rédaction
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