Le torchage de gaz, cette pratique qui consiste à brûler le gaz naturel s'échappant des puits lors de l'extraction du pétrole, a coûté à l'économie mondiale près de 54 milliards de dollars en 2025. Faute d'infrastructures pour le capter, le transporter ou le valoriser, ce gaz part en fumée au sommet de torchères géantes visibles à des kilomètres à la ronde, gaspillant une ressource précieuse au moment même où des millions de personnes, surtout dans les pays les plus pauvres, peinent à accéder à une électricité fiable.
Le constat émane du dernier rapport annuel publié le 23 juin par le Groupe de la Banque mondiale, qui documente une hausse des volumes brûlés pour la troisième année d'affilée. En 2025, 167 milliards de mètres cubes de gaz sont ainsi partis en flammes à travers le monde. Pour saisir l'ampleur du gâchis, ce volume avoisine la consommation annuelle de gaz de tout le continent africain et dépasse les quantités de gaz naturel liquéfié qui transitent chaque année par le golfe Persique.
Neuf pays concentrent à eux seuls plus des quatre cinquièmes de ce gaz brûlé, alors qu'ils n'assurent qu'environ la moitié de la production pétrolière de la planète. La Russie, l'Iran, l'Irak, le Venezuela, le Mexique, la Libye, l'Algérie, le Nigéria et les États-Unis figurent en tête de ce classement peu enviable. Le paradoxe est d'autant plus saisissant que beaucoup de ces nations, comme d'autres ailleurs, importent du gaz à prix élevé tout en laissant brûler d'énormes quantités sur leurs propres champs pétroliers.
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Récupérer ce gaz plutôt que de le brûler permettrait de produire de l'électricité, d'alimenter les industries, de soutenir l'activité économique et de générer des emplois, tout en réduisant les émissions polluantes. "À l'heure où de nombreux pays s'efforcent avec peine d'accroître l'accès à une énergie fiable et abordable, le coût que représente la poursuite du torchage pour le développement économique est tout simplement trop élevé", observe Demetrios Papathanasiou, directeur du pôle Énergie de l'institution, qui estime que ce gaz pourrait être valorisé pour renforcer la sécurité énergétique des populations.
Mettre fin à cette pratique à l'échelle mondiale exigerait un investissement compris entre 70 et 100 milliards de dollars, une somme qui représente à peine moins du double de la valeur annuelle du gaz gaspillé. Les pays qui supportent de lourdes factures d'importation y gagneraient un meilleur accès à l'énergie, de nouvelles recettes et une réduction de leurs dépenses. Si les outils techniques pour y parvenir sont parfaitement connus, le torchage persiste pour des raisons d'une autre nature. Les freins tiennent davantage à des réglementations inadaptées, à un manque de capitaux, à des infrastructures de marché insuffisantes et à l'absence de volonté réelle de s'attaquer au problème, aussi bien du côté des exploitants que des autorités publiques.
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Là où s'alignent des politiques efficaces, des investissements ciblés et une volonté politique affirmée, les résultats suivent. Le Kazakhstan en offre l'illustration la plus parlante, ayant réduit ses volumes de gaz torché de 87 % depuis 2012, avec une baisse de 16 % pour la seule année 2025. La démonstration est faite qu'agir avec détermination produit des effets tangibles.
Reste un déficit difficile à combler. "Les technologies, les politiques, les réglementations et les mécanismes de financement nécessaires pour capturer et utiliser les gaz issus des torchères existent. Ce qui fait défaut, dans trop de pays, c'est le leadership, la priorisation de cet enjeu et la gouvernance nécessaires pour mettre ces solutions en pratique", analyse Zubin Bamji, responsable du Partenariat mondial pour la réduction des gaz torchés et du méthane au sein de la Banque mondiale. Faute d'agir, prévient-il, la facture se chiffrera en milliards de dollars de recettes envolées et en insécurité énergétique pour des millions de personnes.
Fanuelle YAO
Publié le 25/06/26 13:07
La Rédaction
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