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Le Nigéria veut bâtir un rempart énergétique face aux chocs pétroliers mondiaux

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Et si le Nigéria, géant pétrolier africain, devenait aussi un modèle de sécurité énergétique sur le continent ? C'est le pari que semble faire le gouvernement nigérian, qui vient d'annoncer la création prochaine de réserves stratégiques nationales de produits pétroliers, destinées à protéger l'économie des soubresauts du marché international.

Cette initiative, dévoilée ce 15 avril par Farouk Ahmed, directeur de l'Autorité de régulation du pétrole intermédiaire et en aval, marque un tournant stratégique pour un pays paradoxalement riche en pétrole mais régulièrement confronté à des pénuries de carburant.

Anticiper plutôt que subir

Le Nigéria ne veut plus être pris au dépourvu lors des chocs d'approvisionnement, comme ceux qui ont secoué les marchés pendant la pandémie ou après le déclenchement de la guerre en Ukraine. L'idée d'une réserve stratégique, inspirée du modèle américain, vise à constituer un stock bien plus robuste que l'actuelle couverture de 30 jours, sans que le volume précis ne soit encore annoncé.

L'objectif est clair : stabiliser le marché intérieur, atténuer les hausses brutales des prix à la pompe, et garantir une continuité d'approvisionnement, en particulier en période de crise internationale ou de tensions logistiques.

Un tournant rendu possible par la renaissance du raffinage local

Ce projet n'arrive pas par hasard. Il s'inscrit dans un changement de paradigme profond, amorcé avec la mise en service de plusieurs raffineries nationales, dont la très médiatisée raffinerie Dangote, d'une capacité impressionnante de 650 000 barils par jour.

Ensemble, ces infrastructures — au nombre de six désormais — pourraient atteindre une capacité combinée de 770 500 barils/jour d'ici juin, selon les données officielles. Ce regain de production locale a déjà permis de réduire les importations de carburant de moitié en un mois seulement : elles sont passées de 50,8 à 28,7 millions de litres par jour entre septembre et octobre 2024.

Ce retour progressif à l'autonomie énergétique permet au Nigéria d'envisager, pour la première fois depuis des décennies, une rupture avec la dépendance structurelle aux importations, qui grève son déficit commercial et expose sa population aux caprices des marchés mondiaux.

Un instrument stratégique à double détente

Au-delà de la stabilisation du marché domestique, la future réserve stratégique pourrait aussi devenir un outil d'influence régionale, à l'heure où les pays voisins cherchent eux aussi à sécuriser leur approvisionnement en énergie. Le Nigéria pourrait, à terme, devenir un fournisseur de dernier recours pour l'Afrique de l'Ouest, consolidant ainsi sa puissance géoéconomique.

Le projet s'accompagne aussi d'une volonté de renforcer le contrôle réglementaire. La législation actuelle impose déjà aux dépôts privés de détenir une licence de stockage en vrac, leur permettant de conserver des stocks aussi longtemps que nécessaire. Mais cette disposition prend une tout autre dimension si l'État fédéral lui-même devient un acteur central de la stratégie de stockage.

Une souveraineté énergétique à concrétiser

Pour l'instant, le projet reste à l'état de déclaration d'intention. Aucun chiffre précis sur les volumes visés ni de calendrier officiel n'a été communiqué. Mais l'annonce marque un pas décisif vers une vision plus souveraine de la gestion énergétique nigériane, après des décennies d'improvisation logistique et de dépendance à l'étranger.

Si elle est menée à bien, la création de réserves stratégiques de carburants pourrait bien changer la donne pour les plus de 220 millions de Nigérians, en apportant stabilité, prévisibilité et sécurité dans un secteur aussi vital que sensible.

Publié le 16/04/25 09:56

La Rédaction

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