Au Mali, en 5 années de transition, les autorités affirment avoir recouvré plus de 760 milliards FCFA (environ 1,36 milliard de dollars) auprès des compagnies minières sous forme de redevances ajustées et d'impôts impayés, à la faveur d'audits approfondis et d'une vaste réforme du cadre juridique. Ce montant, reversé au Trésor public, illustre la volonté du gouvernement de reprendre le contrôle de l'exploitation des ressources naturelles et de faire du secteur extractif un véritable levier de développement économique.
Présentant en effet ce 8 juillet à Bamako, la capitale, le bilan des réformes engagées depuis 2021, le ministre malien des Mines, Pr Amadou Keïta, a expliqué que cette stratégie s'inscrit dans la vision portée par le président de la transition, le général d'Armée Assimi Goïta, résumée par le slogan : ‘'Que l'or brille pour les Maliens'', d'après la note gouvernementale publiée ce 10 juillet.
Selon le ministre, les réformes mises en œuvre répondent à un objectif de renforcement de la souveraineté économique du pays en améliorant la gouvernance des ressources minières, en accroissant les retombées financières pour l'État et en favorisant une meilleure redistribution des richesses issues de l'exploitation du sous-sol malien. Le ministre a rappelé que celles-ci ont débouché, en 2023, sur l'adoption d'un nouveau code minier et d'une loi sur le contenu local, deux textes qui redéfinissent les rapports entre l'État, les investisseurs et les communautés.
Parmi les principales innovations figure l'augmentation de la participation de l'État et des investisseurs privés nationaux dans les projets miniers, portée jusqu'à 35%, contre 20% auparavant. La loi sur le contenu local impose par ailleurs aux compagnies minières de privilégier le recrutement de compétences maliennes et de recourir davantage aux entreprises nationales dans leurs contrats de sous-traitance, avec l'ambition de faire émerger un tissu industriel local plus robuste.
Les autorités ont également supprimé plusieurs avantages fiscaux accordés jusque-là aux sociétés minières, notamment les clauses de stabilité fiscale empêchant l'ajustement des prélèvements lorsque les cours de l'or progressaient fortement, ainsi que certaines exonérations douanières durant la phase d'exploitation. Dans le prolongement de cette démarche d'assainissement, les autorités ont également procédé, en octobre 2025, au retrait de 121 permis miniers jugés inactifs ou non conformes, afin de renforcer la transparence dans l'attribution et la gestion des titres miniers.
Les réformes engagées visent également à mieux redistribuer les revenus issus des ressources minières. En 2026, le fonds minier de développement local a ainsi permis de transférer 18,4 milliards FCFA à 819 communes du pays, afin de financer des infrastructures dans les domaines de la santé, de l'éducation, de l'hydraulique, de l'accès à l'eau potable et des routes. Cette redistribution constitue, selon les autorités, une première historique dans le financement du développement local grâce aux recettes minières.
Le gouvernement supervise également la construction de la première raffinerie nationale d'or, en coopération avec la Russie, afin de transformer localement le métal précieux avant son exportation et de capter une plus grande part de la valeur ajoutée. En outre, un projet d'usine de fabrication d'explosifs industriels est également en préparation pour réduire la dépendance du pays aux importations destinées à l'industrie minière. Acteur majeur dans le secteur aurifère en Afrique de l'Ouest, le Mali a enregistré une chute de 23% de sa production d'or industrielle en 2025, tombant à 42,2 tonnes contre 54,8 tonnes en 2024.
Modernisation de la gouvernance du secteur
Les cinq dernières années ont également été marquées par une profonde restructuration institutionnelle. Le gouvernement a créé plusieurs structures spécialisées, notamment la Brigade spéciale des Mines, chargée de lutter contre l'exploitation illégale des ressources et de faire respecter les normes environnementales, ainsi que l'Office malien des substances précieuses (OMASP), la Société du patrimoine minier du Mali (SOPAMIM) et la Société de recherche et d'exploitation des ressources minérales (SOREM).
Diversification de l'exploitation au-delà de l'or
Parallèlement aux réformes institutionnelles, le Mali poursuit une stratégie de diversification de son secteur extractif. Après Goulamina, le projet de lithium de Bougouni est désormais entré en production, permettant au pays de s'imposer parmi les principaux producteurs africains de ce minerai stratégique utilisé dans les batteries électriques. Les deux projets devraient produire ensemble plus de 590 000 tonnes de concentré de spodumène en 2026.
Publié le 11/07/26 09:40
Narcisse Angan
SN
CEMAC