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Mamadou Bocar Sy, DG de la BHS : ‘’le Diaspora Bonds de la BHS est un investissement sûr et rentable’’

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La BRVM ouvre dans 62h39min

La BHS, la banque de l'habitat du Sénégal, a lancé depuis le 16 mai sur le marché financier de l'UEMOA les Diaspora Bonds, un emprunt obligataire d'une valeur totale de 20 milliards FCFA au taux de 6,25% et d'une maturité de 5 ans (couvrant la période 2019-2024).

L'opération, ouverte aux personnes physiques et institutionnelles résidentes ou non de la zone UEMOA, vise à lever des fonds pour financer le plan d'investissement stratégique de la banque qui intègre notamment des programmes immobiliers dans les zones urbaines de Diamniadio et du Lac Rose au Sénégal.

Notée BBB (catégorie investment grade) avec perspective stable par l'agence Wara, la BHS  n'aura donc pas besoin de solliciter de garantie pour cet emprunt qui sera coté sur la BRVM.

Dans cette interview accordée à Sika Finance lors de la présentation de l'opération à Abidjan, Mamadou Bocar Sy, administrateur directeur général de la BHS est ainsi revenu  sur le détail de l'opération et ouvre une lucarne sur la problématique du logement et des banques de l'habitat dans la zone UEMOA.

Noter que l'opération prend fin ce 17 juin.

Comment expliquer l'enjeu de cette opération ?

Nos États ont décidé de mieux structurer l'épargne de nos compatriotes à l'extérieur. Quand je dis nos compatriotes, je ne parle pas seulement de la diaspora sénégalaise, mais de l'ensemble de nos compatriotes de l'UEMOA  qui vivent hors de leur pays parce que nous sommes une union monétaire.

L'idée c'est de les amener à investir dans les obligations mieux rémunérées pour préparer leurs projets d'investissements. C'est ce qui fait l'objet de notre présence ce jour à Abidjan, au sein de la BRVM.

Vous pouvez nous expliquer succinctement en quoi consiste l'opération ?

L'opération consiste à aller sur le marché pour chercher à lever 20 milliards FCFA d'obligations à raison de 10 000 FCFA l'obligation, rémunérée à hauteur de 6,25% ; ce qui est une bonne rémunération puisque dans notre zone l'épargne est rémunérée quasiment à la moitié de ce montant.

Premièrement  nous voulons amener notre diaspora à investir dans les titres, parce qu'une fois qu'ils auront acquis ces titres, ils vont s'habituer à souscrire aux lever de fonds sur le marché financier. Et cela a l'avantage de protéger l'épargne.

Deuxièmement, l'opération est attractive parce que dès le premier semestre, vous commencez à être payé des intérêts de 6,25% sur votre souscription. Mieux, l'emprunt va être coté et quand vous avez un besoin, vous pouvez aller sur le marché, vendre vos obligations  et  récupérer votre argent. Mais vous pouvez également utiliser ces obligations pour lever un crédit si vous en avez besoin en sachant que nous on épargne pour les projets, pour nos enfants et pour réaliser des investissements.

C'est donc un facteur d'investisseurs et de mobilisation de  ressources vers des investissements  productifs, mais surtout ça remplace les circuits informels d'épargne de nos compatriotes. Ils confient de l'argent  à des amis, à des cousins pour des projets et souvent l'argent n'arrive à destination. Le fait de leur donner l'opportunité de souscrire directement via des SGI avec les moyens modernes de communication leur permet de sécuriser leurs investissements. C'est bien novateur.

Avec votre notation, vous n'avez pas eu besoin de recourir à une garantie pour lancer cette opération. Quels sont les fondements de la BHS qui doivent inciter les épargnants à vous faire confiance ?

Aujourd'hui les banques africaines sont au standard des banques internationales. Les normes, Bâle 2 et Bâle 3 que nous appliquons sont des normes internationales qui ont été arrêtées en Suisse. L'activité de bourse et de banque sont des activités réglementées. (…). Les banques sont donc régulées. Vous avez une commission bancaire indépendante et vous avez une banque centrale indépendante des États qui supervisent nos activités.

Si une agence de notation indépendante nous octroie une note qui nous permet d'émettre sans avoir besoin d'avoir la garantie de l'État, c'est que la banque est bien tenue.

Nous sommes une banque de l'habitat, on s'occupe de financer un logement, donc c'est une activité réglementée ; on ne finance pas une voiture ou une campagne agricole. Un logement c'est un processus, c'est un terrain vendu devant un notaire, c'est des autorisations de construire, c'est le bureau de contrôle qui suit les travaux et c'est quelque chose de solide. Une banque de l'habitat est aussi solide que les logements qu'on construit.

Alors ces 20 milliards FCFA à collecter sur le marché  seront totalement utilisés  pour la réalisation de votre programme de 50 000 logements ?

Les 50 000 logements c'est un processus. Aujourd'hui sur la base de nos ressources propres, chaque année, nous mettons près de 40 milliards FCFA dans le logement (tout type de logement).

Cet emprunt obligataire c'est d'abord un produit de placement mais aussi ce sont des ressources additionnelles qui vont permettre de financer les promoteurs qui construisent parce qu'ils construisent sur 12, 24 voire 36 mois.

C'est une opération de placement, c'est une innovation. Nous avons a répondu à une invitation de la BRVM pour innover. C'est un test. Si ça marche, nous allons en faire un produit de financement de nos économies.

Le Diaspora Bonds sera coté à la BRVM. Mais au-delà, la BHS envisage-t-elle une entrée en bourse ?

C'est le but du jeu. Mais d'abord, l'emprunt va être coté pour s'assurer de la liquidité des souscripteurs qui veulent sortir (…). L'opération a une maturité de 5 ans, mais bien avant, ceux qui le voudront pourront céder leurs titres sur la BRVM. La BRVM va organiser les souscripteurs qui veulent sortir ou entrer  ou même  qui veulent augmenter leur part.

Cette opération de diaspora bond va créer un lien avec la BRVM qui nous donnera envie de voir  comment la BHS à son tour pourra aller à la cotation. C'est l'objectif du jeu, c'est pédagogique !

Vous êtes une banque de l'habitat. Parlez-nous de l'expérience au Sénégal vu qu'en Côte d'Ivoire on a l'impression d'un tâtonnement au niveau du financement du logement même s'il y a une banque de l'habitat.

J'ai eu l'occasion de participer de la mise en place de la BHCI (Banque de l'Habitat de Côte d'Ivoire, privatisée avec une nouvelle appellation BHA- Banque Habitat Afrique, ndlr) en 1994. Une banque de l'habitat sert à financer des logements. Le logement c'est un écosystème. La banque peut être performante, mais s'il n'y a pas de promoteurs immobiliers performants pour construire des logements, respecter les engagements pris et des particuliers qui achètent, la banque ne peut pas réussir.

Pour moi, la réussite de la banque, c'est sa gestion guidée mais c'est aussi l'économie du logement  au Sénégal. Vous avez des promoteurs de qualité, des coopératives d'habitat également et le Sénégalais c'est quelqu'un qui est tourné vers l'acquisition de logement.

Les Ivoiriens devaient pouvoir accompagner leur banque de l'habitat, les promoteurs aussi devraient venir auprès de la banque souscrire à des crédits  et construire de bons logements. Mais si les Ivoiriens qui doivent acheter les logements sont domiciliés dans d'autres banques, la banque de l'habitat n'aura pas de clients. Et une banque qui n'a pas de clients ne peut pas se développer.

Je lance un plaidoyer pour que nos compatriotes puissent savoir que chaque investissement à un enjeu. L'Etat également doit jouer son rôle. C'est donc important qu'à un moment donné chacun joue son rôle. La banque n'est rien d'autre qu'une structure qui est là pour le public, si ses clients ne suivent pas, elle ne pourra pas survivre.

Jean Mermoz Konandi

Publié le 13/06/19 18:27

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