La Côte d'Ivoire a émis ce mardi 6 octobre 202 une Obligation Assimilable du Trésor (OAT) à 20 ans sur le marché des titres publics de l'Union Monétaire Ouest Africaine (UMOA). Aucun émetteur de l'Union n'avait encore emprunté à une échéance aussi longue sur le marché financier régional.
Réalisée par adjudication, l'opération a permis de mobiliser 50 milliards FCFA d'obligations assorties d'un coupon compétitif de 6,25 %.
De 15 à 20 ans : une courbe des taux qui s'allonge
Cette opération s'inscrit dans la stratégie engagée depuis plusieurs années par la Côte d'Ivoire consistant à allonger progressivement la durée tout en réduisant les coûts de ses emprunts sur les marchés des capitaux internationaux et domestiques.
Au plan régional, la Côte d'Ivoire avait déjà réalisé en 2025 deux émissions à 15 ans sur le marché des titres publics (UMOA-Titres), pour un montant total de 55,5 milliards FCFA. Ces titres de maturité 15 ans ‘'in fine'' représentaient alors les instruments d'emprunt de plus longue maturité émis sur le marché. En portant désormais la maturité des nouvelles obligations à 20 ans, la Côte d'Ivoire franchit une nouvelle étape dans l'allongement de la courbe des taux en monnaie locale et confirme son rôle de pionnier dans la sophistication du marché financier régional.
Par ailleurs, cette opération inédite témoigne de la confiance des investisseurs dans la signature ivoirienne sur le très long terme. Le profil de crédit du pays s'est en effet amélioré ces dernières années : la Côte d'Ivoire bénéficie aujourd'hui de la deuxième meilleure notation souveraine d'Afrique subsaharienne et le Fonds monétaire international (FMI) a reclassé son risque de surendettement de ‘'modéré'' à ‘'faible'' en juin dernier.
Vingt ans, avec remboursement du capital à l'échéance
Contrairement aux emprunts obligataires placés par syndication sur la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM), dont le capital est amorti progressivement, les OAT émises par adjudication sont remboursées ‘'in fine'', c'est-à-dire que la totalité du capital est due à l'échéance. Cette caractéristique contribue à rendre les longues maturités plus rares sur un marché régional avec une base d'investisseurs encore largement dominée par les banques.
En Afrique subsaharienne, peu d'États parviennent à emprunter en monnaie locale sur de telles durées. L'Afrique du Sud, fait exception en émettant régulièrement des obligations à plus de20 ans. Avec cette opération, la Côte d'Ivoire rejoint le cercle restreint des émetteurs capables de se financer à très long terme en monnaie locale.
La CNPS, acteur clé de l'épargne de long terme
Selon nos informations, la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS) est le principal investisseur de cette émission. Sa participation illustre sa capacité à investir sur de longues échéances, comme le font les fonds de pension et les caisses de retraite sur les marchés plus développés. Cette capacité d'intervention s'explique en grande partie par les réformes paramétriques des régimes de retraite par répartition mises en œuvre par l'État de Côte d'Ivoire depuis 2012 qui ont permis de doter la CNPS d'excédents financiers considérables.
L'enjeu final : la soutenabilité de la dette publique
Au-delà de la Côte d'Ivoire, cette opération ouvre des perspectives pour l'ensemble du marché régional. L'élargissement de la base d'investisseurs, notamment grâce à une participation accrue des caisses de retraite, pourrait aider les états de la sous-région à allonger la durée de leurs emprunts et renforcer considérablement la soutenabilité de leur dette.
Publié le 06/10/26 20:00
La Rédaction
SN
CEMAC