Au Niger, un nouveau signal fort a été donné en faveur de la modernisation de l'agriculture ce 25 juin. Le gouvernement a en effet, officiellement lancé un projet de petite irrigation dédié au développement de la filière tomate, financé par la coopération italienne à hauteur de 3 millions d'euros, soit près de 2 milliards FCFA. Une initiative qui s'inscrit dans une stratégie de renforcement des productions locales et de réduction des dépendances alimentaires.
Étendu sur trois ans, le projet intervient dans deux bassins de production clés, en l'occurrence les départements de Dogueraoua (région de Tahoua) et de Tibiri Gobir (région de Maradi). Ces zones, déjà actives dans les cultures maraîchères, devraient bénéficier d'aménagements en petite irrigation destinés à sécuriser les rendements et à réduire la forte dépendance à la saison des pluies. L'objectif affiché est d'accroître la production, améliorer la transformation locale et stimuler la consommation des produits agricoles nationaux, en particulier la tomate, un produit jugé stratégique pour la sécurité alimentaire.
La tomate occupe en fait une place particulière dans les systèmes agricoles et alimentaires. Selon les données officielles, la production nationale a atteint 103 109,16 tonnes entre 2020 et 2024, pour plus de 2,85 millions d'hectares exploités. Cependant, la filière reste confrontée à plusieurs contraintes structurelles mises en évidence par le réseau des chambres d'agriculture et d'élevage. Une production fortement saisonnière (principalement de janvier à juin), des pertes post-récolte importantes liées aux ravageurs, ainsi qu'une dépendance persistante aux importations de concentré de tomate.
Dans ce contexte, le développement de la petite irrigation apparaît comme un levier technique essentiel pour stabiliser l'offre et étendre les cycles de production, y compris en période d'hivernage. Pour les autorités nigériennes, ce financement marque une évolution qualitative de la coopération avec l'Italie, davantage orientée vers les investissements productifs. Le ministre de l'Agriculture et de l'Élevage, colonel Mahaman Elhadj Ousmane, a souligné la portée stratégique de cet appui : ‘'Avec une contribution financière de trois millions d'euros, soit près de deux milliards de francs CFA, le gouvernement italien témoigne une fois encore de sa confiance dans le potentiel agricole du Niger (…). Cette confiance nous honore mais elle nous oblige également à réussir''. Au-delà du financement, les autorités nigériennes insistent sur les impacts attendus en matière de création de revenus rapides pour les producteurs, d'emplois pour les jeunes et les femmes, ainsi que d'amélioration de la nutrition.
Un enjeu de souveraineté alimentaire et de transformation locale
Dans un pays où les zones de production restent fortement dépendantes des contraintes climatiques, la généralisation de la petite irrigation pourrait constituer un tournant structurel. L'enjeu dépasse la seule tomate, il s'agit de renforcer la résilience agricole, de réduire les pertes post-récolte et de stimuler la transformation locale, encore limitée.
À terme, ce type de financement ciblé pourrait contribuer à consolider une chaîne de valeur plus intégrée, allant de la production à la transformation industrielle, dans un contexte où la demande en produits transformés ne cesse de croître. En misant sur un investissement relativement modeste mais stratégique, l'Italie et le Niger posent ainsi les bases d'une approche plus technique et plus orientée résultats dans la coopération agricole, avec la tomate comme produit pilote d'une transformation plus large des systèmes de production.
Publié le 27/06/26 20:45
Narcisse Angan
SN
CEMAC