La dépendance du Nigeria aux importations de produits pétroliers raffinés reste un talon d'Achille majeur de son économie. Selon un rapport du ministère britannique du Commerce et de l'Investissement publié en mai, Abuja a importé pour 1,1 milliard de livres sterling (environ 1,48 milliard de dollars), soit 832,7 milliards FCFA de pétrole raffiné en provenance du Royaume-Uni en 2025. Ce volume considérable illustre le paradoxe d'un pays pourtant premier producteur de pétrole brut en Afrique, mais encore largement tributaire de capacités de raffinage insuffisantes.
Dans le détail, les produits pétroliers raffinés ont représenté à eux seuls 60,5% des exportations britanniques vers le Nigeria, soit la part de loin la plus importante, avec une progression annuelle de 9,4%. Sur un total de 1,8 milliard de livres sterling d'exportations de biens du Royaume-Uni vers le Nigeria, le carburant domine largement, reléguant loin derrière des segments comme les produits d'hygiène, les textiles ou les machines industrielles. Cette concentration des échanges souligne une relation commerciale déséquilibrée, où les besoins énergétiques nigérians alimentent directement l'excédent commercial britannique, estimé à 3,3 milliards de livres sterling.
Au total, les échanges bilatéraux entre les deux pays ont atteint 7,6 milliards de livres sterling en 2025, en hausse de 10,8% sur un an, confirmant le rôle stratégique du Nigeria comme partenaire commercial clé du Royaume-Uni en Afrique. Mais derrière cette dynamique se cache une vulnérabilité structurelle persistante. Malgré les ambitions affichées par les autorités nigérianes pour développer le raffinage local, notamment avec la montée en puissance de la raffinerie Dangote et la réhabilitation des installations publiques, la facture énergétique reste lourde et continue de peser sur les finances extérieures du pays.
Ce constat met en lumière l'urgence pour Abuja d'accélérer la transformation locale de ses ressources pétrolières. Car au-delà des chiffres, c'est bien la question de la souveraineté énergétique et de la captation de valeur qui est posée. Fort heureusement que la méga raffinerie Dangote a atteint son plein potentiel de production de 650 000 barils de pétrole par jour, depuis le mois de février dernier, et compte doublé sa capacité pour atteindre 1,4 million de barils par jour dans un projet d'extension dans les années à avenir. Ceci devrait vraissemblement contribuer à réduire cette facture d'achat de produits raffinés.
Publié le 01/06/26 14:08
Narcisse Angan
SN
CEMAC