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Nigeria : 200 millions USD de la BAD pour relancer l’agriculture et freiner la facture alimentaire

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Le Nigéria poursuit sa reconquête agricole. Le conseil d'administration du groupe de la Banque africaine de développement (BAD) a en effet approuvé un prêt de 200 millions de dollars, soit 110,6 milliards FCFA, destiné à accélérer la transformation du secteur dans le cadre de la deuxième phase du Programme national de croissance agricole – Agro-Pocket (NAGS-AP). L'objectif est de stimuler la production locale, réduire les importations alimentaires et ancrer l'agriculture dans une dynamique technologique et climato-intelligente.

Pays le plus peuplé d'Afrique, le Nigéria demeure paradoxalement dépendant des importations pour des denrées stratégiques, notamment le blé. Or, l'agriculture reste un pilier de l'économie nationale : elle emploie 38% de la population active et représente 25,2% du PIB. Mais le secteur souffre d'un déficit chronique de productivité : accès limité aux intrants de qualité, faible irrigation, insécurité foncière, dégradation des sols et vulnérabilité croissante au changement climatique. Le financement approuvé vise à corriger ces fragilités de manière systémique, en intensifiant les investissements agricoles prioritaires, en renforçant les chaînes de valeur et en accélérant la digitalisation des pratiques.

De façon concrète, le prêt soutiendra cinq programmes alignés sur la Politique nationale pour la technologie et l'innovation agricoles (PNITA). Il s'agit de l'accès à des intrants agricoles de haute qualité, du renforcement des chaînes de valeur des cultures prioritaires, de la revitalisation des services de vulgarisation agricole, de la promotion d'une agriculture numérique et climato-intelligente, et de la gestion structurée des données agricoles.

En réalité, il s'agira de diffuser des semences à haut rendement et résistantes au climat, des engrais adaptés aux environnements locaux et d'élargir l'accès à l'assurance récolte, afin de protéger les agriculteurs contre les chocs climatiques. L'ambition affichée est significative : quintupler la production nationale de blé et accroître celle du riz de 20%, avec en ligne de mire l'autosuffisance alimentaire. Cette nouvelle enveloppe capitalise sur les acquis de la première phase du NAGS-AP. Celle-ci a permis le déploiement d'un système numérique basé sur les TIC pour la distribution d'intrants via plus de 600 agro-distributeurs à travers le pays.

Les résultats ont été tangibles : 118 000 hectares de blé cultivés durant la saison sèche 2023/2024 ; Production nationale de blé triplée pour atteindre 0,5 million de tonnes en 2024 ; et 650 000 petits exploitants agricoles bénéficiaires, cultivant blé, riz, manioc, maïs, sorgho et millet. Ces performances ont démontré la capacité du programme à agir rapidement sur la production, notamment en saison sèche, période stratégique pour réduire la dépendance aux importations.

Au-delà des volumes, le projet entend transformer la structure même du secteur. L'un des axes majeurs consiste à attirer et autonomiser les jeunes Nigérians, en les encourageant à étendre les surfaces cultivées et à adopter des modèles agricoles plus commerciaux. Dans un pays où la démographie est l'une des plus dynamiques au monde, la transformation agricole est perçue comme un levier clé de création d'emplois et de stabilité économique. L'intégration d'outils numériques et de solutions fondées sur les données doit contribuer à moderniser l'image du secteur et à en améliorer la rentabilité.

Le projet sera mis en œuvre sur une période de quatre ans à compter de mars 2026. Il s'inscrit dans la vision stratégique des ‘'Quatre Points Cardinaux'' du président du groupe de la BAD, Sidi Ould Tah, qui place l'autonomisation des jeunes et des femmes au cœur du développement africain. Au-delà de la dimension agricole, l'initiative répond à une problématique macroéconomique majeure : la pression sur les réserves de change liée aux importations alimentaires. En réduisant cette dépendance, le Nigéria pourrait alléger sa facture extérieure, stabiliser sa monnaie et contenir l'inflation alimentaire, facteur central du coût de la vie.

Publié le 14/02/26 11:00

Narcisse Angan

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