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Nigeria : Annulation d’un prêt de plus de 717 millions USD de la Banque mondiale destiné au secteur énergétique

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Le Nigeria vient de tourner prématurément la page d'un ambitieux programme de redressement de son secteur énergétique. En effet, à la demande des autorités du pays et avec l'accord de la Banque mondiale, un montant de 717,7 millions de dollars, soit 404,5 milliards FCFA, de financements non décaissés a été annulé, mettant un terme anticipé à une opération globale de 1,52 milliard de dollars.

Selon des sources locales, un document de restructuration de la Banque mondiale obtenu ce 26 mai, révèle une demande officielle émise par le gouvernement fédéral le 26 mars 2026, et qui s'inscrit dans le cadre d'une décision conjointe des deux parties visant à interrompre le financement du programme et à réorienter le soutien vers des interventions alternatives. Ce document de restructuration stipulait, d'après ces mêmes sources, que le solde non décaissé de 717,7 millions de dollars serait annulé en totalité, la date de clôture du programme étant avancée de plus d'un an, du 30 juin 2027 au 31 mai 2026. Cette décision marque un coup d'arrêt significatif dans les efforts engagés depuis 2020 pour réformer un secteur électrique structurellement fragile, alors même que les besoins en énergie du pays continuent de croître.

Initialement lancée en juin 2020, l'opération de redressement du secteur de l'électricité visait à améliorer la fiabilité de l'approvisionnement, renforcer la viabilité financière et accroître la transparence sur l'ensemble de la chaîne de valeur. Une première phase de 752,5 millions de dollars avait enregistré des résultats jugés satisfaisants, incitant la Banque mondiale à approuver en 2023 un financement additionnel de 763,5 millions de dollars, pour approfondir les réformes. Mais cette seconde phase n'a jamais réellement décollé. Au total, alors que près de 95% des fonds de la phase initiale ont été décaissés, à peine 9% du financement additionnel ont été mobilisés, illustrant l'ampleur des blocages.

Au cœur de cet échec, une dégradation rapide du contexte macroéconomique. La libéralisation du marché des changes en juin 2023 a entraîné une forte dépréciation du naira, renchérissant mécaniquement le coût du gaz naturel, qui représente plus de 70% de la production d'électricité du pays. Dans le même temps, les tarifs d'électricité sont restés largement gelés pour la majorité des consommateurs, créant un déséquilibre croissant entre les coûts de production et les recettes du secteur. Résultat : les déficits tarifaires ont explosé, passant d'environ 140 milliards de nairas en 2022 à près de 1 900 milliards de nairas par an en 2024 et 2025, accentuant la pression sur les finances publiques.

Cette annulation intervient dans un contexte où le Nigeria demeure l'un des principaux bénéficiaires des financements concessionnels de la Banque mondiale, se classant parmi les plus grands emprunteurs de l'Association internationale de développement, guichet concessionnel du groupe de la Banque mondiale. Elle traduit aussi une volonté des autorités de mieux maîtriser leur stratégie d'endettement. Des responsables nigérians ont récemment exprimé leur frustration face aux délais d'approbation et de décaissement des prêts, jugés incompatibles avec les impératifs de mise en œuvre des projets.

Quelle suite pour le secteur énergétique ?

La fin anticipée de ce programme met en lumière un décalage croissant entre la conception des réformes et les réalités économiques du pays. Pour la Banque mondiale, la réussite des objectifs aurait nécessité des avancées simultanées sur les plans tarifaire, fiscal et opérationnel, un équilibre difficile à atteindre dans un environnement instable.

Dans un pays où les coupures de courant pèsent lourdement sur la productivité et la croissance, l'échec partiel de ce programme souligne l'urgence de repenser en profondeur le modèle énergétique. Sans réforme crédible et soutenable, le secteur électrique nigérian risque de continuer à freiner le potentiel économique de la première puissance africaine.

Publié le 26/05/26 11:36

Narcisse Angan

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