La Central Bank of Nigeria (CBN) a formellement averti les acteurs du secteur bancaire et technologique qu'une seule défaillance informatique au sein d'une entreprise partenaire pourrait paralyser l'ensemble du système financier national. Cet avertissement a été lancé par la directrice du département de la supervision des systèmes de paiement de l'institution, le Dr Rakiya Opemi Yusuf, lors de la 19e conférence annuelle sur la banque et la finance de l'Institut agréé des banquiers du Nigéria (CIBN), tenue les 8 et 9 septembre 2026 à Abuja, d'après des informations rapportées par la presse locale.
Organisé autour du thème "Construire une économie résiliente à l'ère des disruptions : les impératifs pour le secteur bancaire et des services financiers", cet événement a rassemblé plus de 10 000 délégués, parmi lesquels figuraient des directeurs généraux de grands établissements bancaires, des fondateurs de fintechs et des universitaires. Au cours d'une table ronde consacrée à la gestion des risques cybernétiques et à l'intelligence artificielle, le Dr Rakiya a invité l'écosystème à prendre en compte la vulnérabilité de ses prestataires extérieurs dans la sécurité informatique de chaque établissement.
La régulatrice explique que la forte dépendance envers les entreprises de paiement, les plateformes d'hébergement en ligne et les développeurs de logiciels crée des passerelles par lesquelles une attaque informatique peut rapidement se répandre.
Selon les données de la CBN, le paysage financier nigérian compte notamment 28 banques commerciales, 6 banques d'affaires, plus de 800 institutions de microfinance, 17 opérateurs de paiement mobile, 5 banques de services de paiement et une trentaine d'établissements de crédit hypothécaire de premier rang. Ce réseau très dense fonctionne comme une chaîne d'éléments étroitement interconnectés où la rupture du maillon le plus faible menace l'ensemble de la structure. Pour illustrer cette dynamique de propagation rapide, Rakiya Opemi Yusuf a employé la métaphore d'un "effet d'incendie unique", dans lequel un incident localisé se transforme immédiatement en sinistre global.
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Face à ce constat, l'autorité de régulation exige des banques et des fintechs une cartographie scrupuleuse de l'ensemble de leurs sous-traitants. Et pour cause : si la résilience résidait autrefois dans la simple prévention des attaques, elle procède dorénavant de la capacité à maintenir les services essentiels et à rétablir le fonctionnement des systèmes en cas de panne critique.
Aussi la Banque centrale du Nigéria a-t-elle décidé de renforcer ses contrôles réglementaires. Désormais, l'évaluation des risques technologiques et informatiques devient un critère central pour accorder l'autorisation de mise sur le marché de nouveaux produits et services financiers. Les établissements doivent assumer la responsabilité de la fiabilité de leurs partenaires technologiques au lieu de les traiter comme des entités externes à leur périmètre de sécurité.
De plus, la régulatrice insiste sur l'importance d'un signalement immédiat des anomalies et d'un partage d'informations en temps réel entre acteurs du marché. La dissimulation ou le retard dans la remontée d'un incident, notamment entre banques, prestataires informatiques et forces de police, offre un délai précieux aux pirates informatiques pour étendre leur champ d'action. Ce défaut d'interopérabilité sur le continent a d'ailleurs déjà été souligné par Interpol dans son dernier rapport d'évaluation de la cybercriminalité en Afrique.
Concernant l'adoption de l'intelligence artificielle, la CBN rappelle que l'automatisation des processus ne doit en aucun cas supprimer la responsabilité humaine dans les décisions financières. Enfin, la gouvernance et la protection des données stratégiques restent prioritaires. Les institutions doivent conserver la maîtrise absolue de l'emplacement de leurs données et de leur utilisation, afin d'éviter que la perte de contrôle sur des infrastructures clés n'entraîne un risque systémique pour l'économie nigériane.
Anselme Akéko
Publié le 10/09/26 14:02
La Rédaction
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