À l'issue de ses consultations au titre de l'article IV conclues le 1er juin dernier, le Fonds monétaire international (FMI) estime que les réformes engagées depuis 3 ans ont permis de restaurer la stabilité macroéconomique du pays. Mais elle souligne dans le même temps que les bénéfices de cette amélioration tardent encore à se traduire dans le quotidien des populations.
Le chiffre le plus marquant du rapport est sans doute celui de la pauvreté. Selon l'institution de Washington, 63% des Nigérians vivent désormais sous le seuil national de pauvreté, tandis qu'environ 27 millions de personnes étaient confrontées à l'insécurité alimentaire à l'automne 2025. Une situation que l'institution juge particulièrement préoccupante dans un contexte marqué par la flambée des prix mondiaux de l'énergie et des denrées alimentaires.
Une économie plus résiliente malgré les chocs
Le FMI reconnaît toutefois que les autorités ont obtenu des résultats significatifs sur plusieurs fronts. ‘'Les réformes ambitieuses menées ces 3 dernières années ont permis d'améliorer la situation macroéconomique et de renforcer la résilience du pays'', souligne l'institution.
La croissance économique est estimée à 4% en 2025 et devrait légèrement accélérer à 4,1% en 2026, malgré les tensions sur les coûts du transport et de l'alimentation. Le pays bénéficie également d'une amélioration sensible de sa position extérieure.
Les réserves internationales brutes ont ainsi progressé de 40 à 46 milliards de dollars entre fin 2024 et fin 2025. Plus important encore, les réserves nettes ont bondi de 23 à 35 milliards de dollars sur la même période, témoignant d'un renforcement de la capacité du Nigeria à faire face aux chocs extérieurs.
L'inflation reste sous surveillance
Après plusieurs mois de ralentissement, l'inflation a toutefois repris une trajectoire haussière. Elle s'est établie à 15,4% en mars 2026, sous l'effet du renchérissement des carburants et des produits alimentaires sur les marchés internationaux.
Face à cette situation, le FMI appelle la Banque centrale du Nigeria à maintenir le cap. Les administrateurs considèrent que l'institution monétaire doit poursuivre une politique restrictive ‘'jusqu'à ce que la désinflation soit durablement ancrée et les anticipations d'inflation stabilisées''.
Cette recommandation traduit la volonté du Fonds d'éviter tout relâchement prématuré de la politique monétaire alors que les pressions inflationnistes demeurent élevées.
Des finances publiques encore sous pression
Sur le plan budgétaire, le déficit public consolidé devrait atteindre 4,4% du PIB en 2025. Si les recettes non pétrolières ont répondu aux attentes, les revenus tirés du pétrole se sont révélés inférieurs aux prévisions gouvernementales.
Le FMI exprime également des réserves sur certaines pratiques budgétaires. Les administrateurs se disent préoccupés par ‘'les dépenses hors budget et la complexité des instruments de financement'', appelant Abuja à renforcer la transparence, la gestion des finances publiques et le contrôle des risques budgétaires.
L'institution estime par ailleurs qu'une meilleure mobilisation des recettes fiscales pourrait offrir au gouvernement des marges de manœuvre supplémentaires pour financer les dépenses sociales et les investissements prioritaires.
Banques solides mais vigilance sur les créances douteuses
Le secteur financier apparaît globalement robuste. Le FMI salue la récente recapitalisation des banques et la résilience du système bancaire nigérian.
L'organisation invite néanmoins les autorités à rester attentives à ‘'la hausse des créances douteuses et aux liens entre l'État et les banques''. Elle recommande également d'accélérer l'application des normes prudentielles internationales de Bâle III et de mieux encadrer les activités liées aux cryptoactifs et aux ‘'stablecoins''.
Autre signe positif relevé par le Fonds, la sortie du Nigeria de la liste grise du Groupe d'action financière (GAFI), une avancée importante pour la crédibilité du pays sur les marchés financiers internationaux.
Transformer la stabilité en prospérité
Au-delà des indicateurs macroéconomiques, le FMI rappelle que le véritable défi du Nigeria consiste désormais à convertir les gains de stabilité en amélioration tangible du niveau de vie.
‘'La situation demeure difficile pour de nombreux Nigérians'', avertissent les administrateurs, qui appellent à accélérer les réformes dans la gouvernance, l'électricité, l'agriculture, les infrastructures, la sécurité et le capital humain.
Si le Nigeria a réussi à restaurer une partie de ses équilibres macroéconomiques, la bataille d'une croissance suffisamment productive reste encore loin de portée.
Publié le 09/06/26 15:53
Dr Ange Ponou
SN
CEMAC