Face à l'envolée des coûts énergétiques provoquée par les tensions géopolitiques au Moyen Orient, le groupe Orange accélère sa transition énergétique en Afrique. L'opérateur télécoms français prévoit désormais de doubler le nombre de ses stations de base alimentées à l'énergie solaire sur le continent, selon une information de Bloomberg, marquant un basculement stratégique où impératifs économiques et sécurité énergétique convergent.
Déjà engagée dans une vaste mutation de son infrastructure technique, l'entreprise a équipé 15 000 sites télécoms de solutions solaires dans 11 pays d'Afrique et du Moyen Orient, soit près de 30% de son parc régional, selon son rapport annuel 2025. À terme, ce portefeuille pourrait atteindre environ 30 000 tours solaires, même si le calendrier précis de déploiement n'a pas encore été dévoilé.
Pour Christel Heydemann, directrice générale du groupe, le contexte international actuel renforce considérablement la rentabilité de cette stratégie. La flambée des prix des carburants liée à la guerre en Iran bouleverse en effet l'économie des infrastructures télécoms africaines, encore fortement dépendantes des groupes électrogènes fonctionnant au diesel.
Dans de nombreuses régions du continent, les opérateurs restent confrontés à une alimentation électrique instable, voire inexistante. Les stations de base, indispensables au fonctionnement des réseaux mobiles et de la connectivité Internet, nécessitent pourtant une alimentation continue. Le solaire apparaît ainsi comme une alternative de plus en plus compétitive pour réduire les coûts d'exploitation tout en sécurisant les services.
Cette accélération s'inscrit dans un programme d'investissement plus large de 5 milliards d'euros qu'Orange prévoit de consacrer à l'Afrique et au Moyen Orient au cours des 3 prochaines années. La région constitue désormais l'un des principaux relais de croissance du groupe français, porté par l'essor rapide des usages numériques, des services financiers mobiles et de la consommation de données.
Le mouvement dépasse d'ailleurs le seul opérateur français. Plusieurs acteurs majeurs du secteur télécom africain s'orientent vers des modèles énergétiques plus sobres afin de limiter leur exposition à la volatilité pétrolière. Helios Towers, Safaricom ou encore MTN Group multiplient également les investissements dans les infrastructures vertes afin de réduire leurs émissions et leurs dépenses énergétiques.
Orange expérimente déjà des modèles de mutualisation pour accélérer cette transition. L'an dernier, le groupe s'est associé à la filiale congolaise de Vodacom afin de partager les coûts de déploiement de centrales solaires dans les zones rurales de la République démocratique du Congo, un marché stratégique où les besoins en connectivité demeurent considérables.
Avec 179 millions de clients recensés fin 2025 dans 18 pays d'Afrique et du Moyen Orient, principalement francophones, Orange renforce progressivement son ancrage sur un continent devenu central dans sa trajectoire de croissance.
Publié le 12/05/26 10:21
Dr Ange Ponou
SN
CEMAC