La reprise économique s'affirme dans les pays à faible revenu, mais elle reste traversée par un paradoxe majeur. Alors que l'activité se raffermit et dépasse parfois les attentes, les défis structurels demeurent immenses. Croissance, inflation en recul et amélioration progressive de la stabilité macroéconomique coexistent avec une pauvreté persistante, une insécurité alimentaire élevée et des marges budgétaires sous pression.
Selon les dernières perspectives économiques mondiales publiées en janvier 2026, les économies à faible revenu entrent dans une phase de redressement fragile qui souligne une réalité désormais centrale pour les décideurs internationaux : la croissance revient, mais le développement peine encore à suivre.
Une résilience économique inattendue face aux chocs mondiaux
Malgré un environnement international marqué par les tensions commerciales, l'incertitude politique, les conflits et les événements climatiques extrêmes, les pays à faible revenu ont démontré une capacité d'adaptation notable.
La croissance globale de ce groupe d'économies a atteint environ 5% en 2025, contre 3,6% un an plus tôt. Cette accélération s'explique par plusieurs facteurs conjoints : une atténuation relative de certains conflits, une hausse des dépenses publiques et des conditions favorables sur les marchés des matières premières, notamment pour le café, l'or et les métaux précieux.
Cette dynamique confirme que ‘'la reprise économique peut émerger même dans des contextes fragiles lorsque les conditions extérieures et politiques s'améliorent simultanément'', soulignent les économistes.
Le poids déterminant des conflits et de la fragilité institutionnelle
Derrière la moyenne globale se cache toutefois une forte hétérogénéité. Les performances économiques restent largement déterminées par le niveau de stabilité sécuritaire et institutionnelle.
Dans les pays confrontés à des situations de fragilité et de conflit, la croissance demeure sensiblement inférieure à celle des autres économies à faible revenu. Les conflits perturbent la production, freinent l'investissement et réorientent les ressources publiques vers les dépenses d'urgence, au détriment des infrastructures, de l'éducation ou de la santé.
Même après une désescalade, les économies sortant de crises portent des séquelles durables : infrastructures endommagées, capital humain affaibli et incertitude persistante. Autant de facteurs qui ralentissent la reprise et rendent ces pays plus vulnérables aux chocs futurs.
Inflation en recul mais pression persistante sur les ménages
Sur le front macroéconomique, une évolution positive se dessine. L'inflation médiane a nettement reculé en 2025, passant d'environ 8% en début d'année à près de 5% au second semestre, grâce à la baisse des prix mondiaux de l'énergie et à de meilleures récoltes agricoles.
Ce reflux apporte un soulagement relatif, mais il ne signifie pas un retour au confort économique pour les populations. Les prix alimentaires restent élevés et continuent de peser lourdement sur les budgets des ménages pauvres, pour lesquels l'alimentation représente la principale dépense.
L'insécurité alimentaire demeure ainsi à un niveau critique. Près de 130 millions de personnes, soit environ un cinquième de la population des pays à faible revenu, ont connu en 2025 des niveaux graves d'insuffisance alimentaire.
Une croissance plus forte mais des gains sociaux limités
Les perspectives à moyen terme restent globalement positives. La croissance devrait atteindre 5,7% en 2026 avant de se stabiliser autour de 5,6% en 2027, soutenue par une inflation plus modérée, une demande intérieure en amélioration et la poursuite de réformes économiques.
Mais l'impact sur le niveau de vie restera limité. Le revenu réel par habitant ne progresserait que d'environ 2,8% par an sur la période 2026-2027, un rythme insuffisant pour réduire significativement l'extrême pauvreté ou absorber l'arrivée massive de nouveaux travailleurs.
L'enjeu démographique est colossal. Environ 160 millions de jeunes atteindront l'âge de travailler au cours de la prochaine décennie dans ces économies. Sans création rapide d'emplois productifs, la croissance risque de se traduire par une pression sociale accrue plutôt que par une amélioration du bien-être collectif.
L'équation budgétaire devient de plus en plus complexe
Parallèlement, la soutenabilité financière se dégrade. L'alourdissement de la dette publique et la hausse des coûts d'emprunt réduisent les marges de manœuvre budgétaires, tandis que l'accès au financement extérieur se complique.
La diminution de l'aide publique au développement accentue ces contraintes. Les gouvernements doivent désormais arbitrer entre discipline budgétaire et investissements indispensables à la croissance.
Ce dilemme constitue l'un des principaux défis politiques des prochaines années : maintenir la stabilité macroéconomique tout en protégeant les dépenses sociales et productives.
Publié le 25/02/26 18:51
Dr Ange Ponou
SN
CEMAC