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RCA : La BAD estime à 1 408 milliards FCFA par an les investissements nécessaires au financement du développement

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Réunir chaque année l'équivalent de sept années de recettes fiscales et douanières. C'est l'équation financière que doit résoudre la République centrafricaine pour mettre en œuvre efficacement son Plan national de développement (PND) 2024-2028. Dans son Rapport pays 2026, la Banque africaine de développement (BAD), qui analyse les besoins de financement du développement du pays, rappelle que ce plan prévoit la mobilisation de 7 040 milliards de FCFA sur cinq ans, soit 1 408 milliards de FCFA par an. Un montant qui représente environ sept fois les recettes intérieures attendues par l'État en 2025.

Ces besoins considérables se heurtent toutefois à une capacité de financement encore très limitée. Le Rapport pays 2026 de la BAD souligne que 91 % des investissements publics sont financés par des ressources extérieures, tandis que le taux d'investissement public demeure limité à 5,6 % du PIB. L'investissement total, public et privé confondus, atteint 16,5 % du PIB, contre 26 % en moyenne dans la CEMAC, un écart que la Banque considère comme un frein majeur à la croissance.

Une économie qui peine à mobiliser ses propres ressources

Cette forte dépendance à l'égard des financements extérieurs s'explique principalement par la faiblesse des ressources domestiques, que la BAD attribue à plusieurs facteurs structurels.

Le premier est le poids de l'économie informelle. Selon la Banque, 97 % des emplois relèvent du secteur informel. Celui-ci représente 46 % du produit intérieur brut, génère 40 % du chiffre d'affaires du secteur privé, mais ne fournit que 12 % des recettes fiscales. Dans l'agriculture, 68 % des activités sont exercées dans l'informel, tandis que le commerce concentre 14 % des emplois informels. Cette prédominance de l'informel se traduit par une pression fiscale particulièrement faible. La BAD l'estime à 10 % du PIB en 2025, un niveau qui limite fortement la capacité de l'État à financer ses politiques publiques.

Le rapport souligne d'ailleurs que " la prédominance du secteur informel réduit considérablement le rendement fiscal. Malgré son poids dans la création de richesse et l'emploi, cette partie de l'économie contribue faiblement aux recettes publiques, ce qui restreint les capacités de financement de l'État et accentue la dépendance vis-à-vis des financements extérieurs ".

Au-delà de la faiblesse des recettes, la BAD met également en évidence une efficacité insuffisante de la dépense publique. En s'appuyant sur la méthodologie PIMA du Fonds monétaire international (FMI), elle estime que la République centrafricaine affiche un écart d'efficacité de 40 à 50 % dans ses investissements publics. Concrètement, pour un dollar investi, seuls 0,50 à 0,60 dollar se traduisent par des infrastructures réellement utiles, le reste étant absorbé par des retards, des surcoûts ou des insuffisances dans la préparation, la sélection et la maintenance des projets.

À ces difficultés s'ajoute un secteur financier encore peu développé, qui contribue faiblement au financement de l'économie. La BAD relève que le pays ne compte que quatre banques commerciales et que le crédit au secteur privé représente seulement 12,2 % du PIB sur la période 2020-2024. Ce niveau place la République centrafricaine parmi les cinq pays africains les moins performants sur cet indicateur.

Le rapport attire également l'attention sur un autre défi de long terme : la valorisation du capital humain. Il avertit que " la jeunesse de la population constitue un potentiel important pour la croissance. Toutefois, en l'absence d'investissements suffisants dans l'éducation, la formation et la création d'emplois productifs, ce potentiel risque de ne pas se transformer en dividende démographique et pourrait accentuer les vulnérabilités économiques et sociales ".

Enfin, la BAD estime que ces contraintes sont aggravées par des faiblesses institutionnelles persistantes. Les finances publiques continuent notamment de pâtir d'un déficit de personnels qualifiés au sein des administrations financières, de retards dans le traitement des dossiers, d'un contrôle fiscal et douanier insuffisant, ainsi que d'une capacité limitée à planifier, suivre et évaluer les investissements publics. Pour la Banque, ces insuffisances réduisent l'efficacité de l'action publique et compliquent davantage la mobilisation des ressources indispensables au financement du développement.

Perton Biyiha 

Publié le 05/08/26 13:59

La Rédaction

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