Le groupe portugais Mota-Engil va exploiter pendant 30 ans une partie essentielle du dispositif ferroviaire destiné à relier les bassins miniers du sud-est de la République démocratique du Congo (RDC) au port angolais de Lobito. Dans un communiqué publié mercredi, le groupe indique avoir obtenu une concession de 30 ans pour " moderniser et exploiter " cette infrastructure ferroviaire congolaise.
La concession porte spécifiquement sur la ligne Dilolo, qui relie la frontière angolaise, à l'ouest, à Sakania, à la frontière avec la Zambie, à l'est. Longue d'un peu plus de 1 000 km, cette infrastructure doit faire l'objet d'un investissement indicatif de 1,2 milliard USD, assorti d'une redevance de 7,5 % versée à l'État congolais. Le montant de 1,8 milliard USD avancé par Mota-Engil correspondrait ainsi à une enveloppe plus large, incluant d'autres composantes du projet.
La ligne traverse le cœur de la région minière congolaise et doit permettre de connecter les sites de production au réseau ferroviaire donnant accès à l'Atlantique par Lobito. Une fois modernisée, elle pourrait acheminer jusqu'à 13,7 millions de tonnes de marchandises par an. La priorité sera donnée aux minerais issus de la ceinture cuprifère congolaise, notamment le cuivre et le cobalt, deux ressources qui placent la RDC au centre des chaînes mondiales d'approvisionnement en minerais critiques. Le pays est le deuxième producteur mondial de cuivre et occupe une position dominante dans la production de cobalt.
Mota-Engil déjà implanté sur le tronçon angolais
Cette concession congolaise vient renforcer la présence de Mota-Engil sur le corridor de Lobito. Le groupe portugais participe déjà à l'exploitation du tronçon angolais qui conduit au port de Lobito. Il est membre du consortium Lobito Atlantic Railway, constitué notamment avec Trafigura et Vecturis. Ce consortium a obtenu en 2022 une concession de 30 ans pour exploiter la ligne angolaise reliant les zones minières de la frontière congolaise au port de Lobito.
Mota-Engil se retrouve ainsi présent sur les deux maillons ferroviaires permettant aux minerais congolais d'atteindre l'océan Atlantique. Sur le segment angolais, le consortium a engagé des investissements dans la rénovation de la voie ainsi que dans les locomotives et les wagons. La nouvelle concession congolaise lui confère désormais une responsabilité directe sur le maillon situé en amont de cette infrastructure.
L'enjeu est de constituer une chaîne logistique continue entre les zones minières du sud-est de la RDC et la façade atlantique angolaise. Pour les producteurs congolais, cette liaison offre une alternative aux itinéraires orientaux qui acheminent actuellement une partie des minerais vers les ports de l'océan Indien. La réduction des distances et des délais de transport pourrait ainsi contribuer à diminuer les coûts logistiques et, par conséquent, à améliorer la compétitivité des exportations minières congolaises.
Cette dimension économique explique aussi l'importance stratégique accordée au corridor de Lobito par les États-Unis. Washington cherche à développer des voies d'approvisionnement alternatives pour les minerais critiques africains et à réduire la dépendance des chaînes industrielles mondiales vis-à-vis de la Chine. En décembre 2025, le financement du projet ferroviaire angolais a atteint 753 millions USD. La U.S. International Development Finance Corporation (DFC), l'agence américaine de financement du développement, en a apporté 553 millions, tandis que la Development Bank of Southern Africa a engagé 200 millions. Ce financement concerne le tronçon angolais.
La concurrence pour le contrôle et le développement des grandes voies d'exportation de minerais s'étend toutefois à l'est du continent. La modernisation du corridor TAZARA, qui relie la Zambie au port tanzanien de Dar es Salaam, bénéficie ainsi d'un financement chinois d'environ 1,4 milliard USD.
Claude Paul Tjeg
Publié le 27/08/26 13:14
La Rédaction
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