L'Afrique reste à la marge de la production scientifique mondiale alors même que ses défis économiques et sociaux exigent des réponses innovantes. À l'ouverture du Centre africain de recherche et d'innovation (ARIH), lancé ce 8 septembre à Alger en marge de la Foire commerciale intra-africaine 2025, l'économiste en chef d'Afreximbank, Yemi Kale, a lancé un appel pressant aux gouvernements africains et au secteur privé pour combler le déficit criant d'investissement en recherche et développement.
Aujourd'hui, le continent ne représente que moins de 3% de la production mondiale de recherche et consacre en moyenne moins de 0,5% de son PIB à la recherche et développement (R&D), loin derrière la moyenne mondiale de 2,2% et sans commune mesure avec les plus de 4% investis par des pays comme la Corée du Sud ou Israël. Pour Yemi Kale, cet écart structurel freine la transformation industrielle et perpétue une dépendance coûteuse aux technologies importées.
Le Centre africain de recherche et d'innovation se veut une réponse stratégique à ce retard. Fruit d'une collaboration entre Afreximbank, l'Union africaine et le secrétariat de la ZLECA, il ambitionne de transformer le capital intellectuel en avantage compétitif. En offrant une plateforme de partage aux chercheurs, universitaires et entrepreneurs, il entend accélérer la mise sur le marché de solutions locales dans des secteurs clés comme l'agriculture, le numérique et l'industrie manufacturière.
Selon l'Afreximbank, doubler l'effort de recherche pour atteindre 1% du PIB d'ici 2030 pourrait générer chaque année entre 60 et 70 milliards de dollars de valeur ajoutée, réduire la dépendance aux importations et renforcer la place de l'Afrique dans le commerce mondial. La mise en réseau d'experts, la valorisation de brevets et l'appui aux startups figurent parmi les leviers envisagés pour créer un véritable écosystème d'innovation.
Tout au long de la Foire commerciale intra-africaine, l'ARIH organise des ateliers, des tables rondes et des présentations de projets portés par des chercheurs et des startups issus d'universités africaines et de la diaspora. Cette dynamique rejoint l'ambition de la ZLECA de bâtir un marché continental fort, capable d'absorber et de valoriser la production scientifique locale.
Alors que le commerce intra-africain cherche à s'élargir et que le continent aspire à une plus grande souveraineté industrielle, l'appel à investir dans la recherche résonne comme une condition sine qua non pour éviter de demeurer un simple fournisseur de matières premières. Sans un engagement clair des États et des investisseurs privés, la promesse de transformation industrielle risque de rester lettre morte.
Publié le 08/09/25 13:00
La Rédaction
SN
CEMAC