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Réforme du Code minier et interdiction d'exportation du manganèse brut, le Gabon redéfinit sa stratégie minière

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Deux décisions prises par les autorités gabonaises, dessinent une cohérence de politique minière que le Gabon n'avait pas affichée depuis longtemps. Le 23 juin 2026, le ministre des Mines Sosthène Nguema Nguema a officiellement lancé les travaux de révision du Code minier gabonais, avec en toile de fond, la modernisation du cadre juridique, le renforcement de la traçabilité des productions et l'offre aux investisseurs d'un environnement stable et transparent. En amont, le Gabon avait déjà franchi un premier pas en annonçant en mai 2025 son intention d'interdire l'exportation de minerai de manganèse brut à partir de janvier 2029. Deux mouvements distincts, mais qui s'inscrivent dans la même logique : reprendre la main sur la valeur générée par les ressources du sous-sol.

L'Afreximbank, dans son African Trade and Economic Outlook 2026, valide d'ailleurs cette orientation. Le rapport cite la décision gabonaise sur le manganèse parmi les stratégies africaines de bénéficiation les plus avancées, aux côtés de la Namibie, qui a interdit l'exportation de lithium brut en mai 2025 et du Zimbabwe sur le lithium. Ces trois pays sont présentés comme les pionniers d'un mouvement continental de montée en gamme industrielle qui force la transformation locale avant toute exportation. Ce que Libreville a décidé est désormais reconnu par la principale banque panafricaine de commerce comme une bonne pratique de souveraineté économique.

L'exemple à suivre est congolais. En transformant localement son cobalt plutôt que de l'exporter brut, la RDC a presque triplé la valeur de ses exportations sur ce produit, passant de 167 millions à 6 milliards de dollars, selon les données citées par l'Afreximbank. Le manganèse gabonais offre une trajectoire comparable. À 2,36 dollars le kilogramme au premier trimestre 2026 selon la BEAC, le manganèse brut génère déjà des recettes significatives pour Eramet-Comilog et pour l'État gabonais. Transformer ce minerai localement, en ferro-manganèse, en silico-manganèse ou en composants pour batteries, multiplierait mécaniquement la valeur exportée par unité produite. C'est précisément ce que l'interdiction de 2029 est censée provoquer : forcer les investisseurs à construire les unités de transformation au Gabon plutôt que de les externaliser.

La révision du Code minier est le complément indispensable à cette ambition. Le ministre des Mines a été explicite lors du lancement des travaux. L'exploitation clandestine de l'or, les trafics transfrontaliers et l'insuffisante traçabilité de la production nationale fragilisent la capacité de l'État à capter les retombées réelles du secteur. Un Code minier modernisé, plus dissuasif sur le clandestin, plus attractif pour l'investisseur sérieux, plus exigeant sur la transformation locale, est la condition juridique sans laquelle l'interdiction du manganèse brut en 2029 restera une déclaration d'intention.

Le Code minier révisé devrait être adopté avant 2027, laissant deux ans aux opérateurs pour adapter leurs modèles avant l'entrée en vigueur de l'interdiction en janvier 2029. L'Afreximbank projette que la demande mondiale de manganèse progressera de 50 à 60 % d'ici 2040, tirée par les batteries de véhicules électriques, un marché structurellement en croissance que le Gabon, premier producteur africain, est en position unique de capter par la transformation. Les deux décisions ne règlent pas tout. Mais elles posent, pour la première fois de manière cohérente, les bases d'une souveraineté minière gabonaise qui ne se limite plus à extraire et à exporter.

Idrissa Diakité

Publié le 25/06/26 11:13

La Rédaction

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